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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/833

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la république, en rencontrant un intrigant, grand hableur de son métier. — Mais je n’ai rien dit. -N’importe, vous allez parler.

Veut-on voir comment du même coup il se moque des juges et des avocats ?

« Un paysan des environs de Pérouse avait un procès ; il prit le meilleur avocat de la ville. — Ta cause est excellente, et tu as un bon avocat ; eh bien ! tu n’en perdras pas moins ton procès, lui dit charitablement un de ses voisins. — Tu crois ? — J’en suis certain. — Que faire alors ? — Que faire ?… Écoute, je vais te le dire en confidence : prends dans ton grenier un beau sac de blé, et va l’offrir à ton juge. — Tu as, ma foi, raison. -Le paysan ne se le fait pas dire deux fois ; il charge sur le dos de son âne un sac de blé et le porte chez le juge, qui accepte sans façon. La cause arrive, l’avocat plaide, fait de belles phrases, déploie l’érudition la plus vaste ; il cite, à propos d’une borne déplacée, Solon, Dracon, Lycurgue et toutes les lois romaines, à partir de la loi des douze tables, jusqu’aux institutes et aux pandoctes. L’affaire plaidée, le juge prononce et donne gain de cause au paysan. Aussitôt son avocat accourt d’un air triomphant, attribuant nécessairement ce résultat à son éloquence. — Vous avez très bien plaidé, lui répond le paysan ; mais ce n’est cependant pas votre plaidoyer qui m’a fait gagner mon procès, c’est celui de mon âne qu’hier j’ai mené braire à la porte du juge. »

L’admirable bouffon n’épargne pas plus le clergé ; sa satire contre les prédicateurs est vraiment ingénieuse. Un cordelier, nous dit-il, était chargé de prononcer le panégyrique de saint Étienne, dont la fête est célébrée en hiver le lendemain de Noël. C’était dans l’une des bourgades des montagnes, aux environs de Florence ; la neige couvrait la terre, et il faisait un froid piquant. — Soyez court, dit le curé de l’église au cordelier montant en chaire ; sans cela nous allons tous geler. — Tranquillisez-vous, je ne serai pas long, répondit celui-ci ; et faisant le signe de la croix, il commença en ces termes : « Mes frères, c’est aujourd’hui la fête de saint Étienne, patron de cette paroisse ; l’an dernier, à pareille époque, je vous ai raconté son histoire, je vous ai fait connaître ses vertus et j’ai célébré son martyre ; vous avez tous assez bonne mémoire pour vous souvenir de ce que je vous ai dit il y a un an, et comme depuis ce temps-là je n’ai pas appris que ce grand saint ait rien fait de nouveau, je finis en vous souhaitant à tous la vie éternelle. »

Eh bien ! ce même esprit satirique, ces mêmes bouffonneries railleuses,