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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/826

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qu’entre les mains de certaines personnes, la presse est un moyen puissant qui leur a donné souvent la victoire, qui a servi même quelquefois à égarer l’opinion publique, et vouloir combattre en se privant de l’arme à laquelle on attribue tous les avantages de ses adversaires, c’est véritablement accepter un duel où l’on sait d’avance que l’on doit succomber. D’ailleurs, la presse n’a pas de parti pris ni de préventions : elle a reproduit les opinions de ceux qui se mettaient en rapport avec elle, et ne pouvait pas faire autrement ; mais elle est prête à accepter la vérité, de quelque côté qu’elle lui vienne. Il faut donc ne pas la repousser lorsqu’elle combat avec modération et convenance pour les saines idées. Voilà du moins mon opinion : elle servira, je l’espère, d’excuse à mon zèle.

Cependant, si la presse est un auxiliaire qui, dans l’état actuel des choses, ne saurait être négligé, je crois que celui qui a la prétention, trop ambitieuse peut-être, de porter la parole dans l’intérêt des sciences, doit s’effacer avec soin, afin qu’on ne puisse pas supposer qu’il n’a soulevé certaines questions que dans le but d’attirer sur lui l’attention du public. Voilà pourquoi, monsieur, mon nom ne sera pas imprimé ici. Mais, tout en gardant l’anonyme, je ne cesserai jamais d’avoir devant les yeux les devoirs de l’écrivain, et je me rappellerai toujours que, quoique je me sois placé à l’écart, je dois me conduire de manière à pouvoir, s’il le faut, me présenter à tout instant pour assumer la responsabilité de mes écrits.