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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/809

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ne saurait nullement admettre que M. Arago se soit jamais laissé entraîner à voter plutôt pour le candidat qui paraissait devoir lui être le plus dévoué, que pour celui que la science désignait au choix de l’Académie, et il est plus raisonnable de supposer que ces bruits, qui, on doit pourtant l’avouer, ont pris dans ces derniers temps beaucoup de consistance, ne sont dus qu’à l’activité des démarches faites par M. Arago et par ses amis en faveur des candidats auxquels ils s’intéressaient. Cependant il importe que l’on s’impose à l’avenir une scrupuleuse réserve, afin qu’on ne puisse plus avancer que des membres de l’Académie sont devenus l’objet de la plus vive, de la plus persévérante animosité ; qu’ils ont été traversés dans tous leurs desseins, pour avoir voulu voter suivant leur conscience, et non pas au gré de M. Arago. Tout cela, monsieur, est bien triste et bien déplorable. Si la supériorité de l’esprit, si la culture des sciences ne doivent pas élever l’homme et le soustraire aux petites misères de l’humanité, on ne sait plus où chercher la source de la dignité morale et de l’indépendance.

Sans vouloir scruter les replis des consciences, étudions l’histoire dans les faits qui se passent au grand jour. De notre temps, les rois trouvent partout des sujets rebelles, et tel a été le sort de M. Arago. Au moment où il croyait son influence assurée et à l’abri de toute atteinte, des résistances se sont manifestées, des discussions animées ont eu lieu à l’Académie. Il est vrai que d’abord la manière dont M. Arago, aidé par les journaux qui lui étaient dévoués, a traité ses adversaires, était faite pour leur ôter toute envie de revenir à la charge ; mais l’exemple est souvent contagieux, et il s’est trouvé des hommes opiniâtres qui ont mieux aimé affronter les coups que céder sans combat. Ces luttes, dans lesquelles la modération n’a pas toujours été du côté du secrétaire perpétuel, ont aigri son esprit, et l’irritation a pris quelquefois chez lui un caractère si passionné, que tous les hommes sages en ont été frappés, et que la presse même a dû en déplorer l’excès. On se rappelle encore la grande querelle qui éclata, il y a plusieurs années, entre M. Arago et les rédacteurs de certains journaux radicaux, qui avaient quelquefois raison pour le fond et qui se donnèrent presque toujours tort pour la forme. Cependant, lorsqu’ils dirent avec une franchise toute républicaine qu’ils avaient élevé M. Arago et qu’ils sauraient bien l’abattre, l’avertissement, quoique rude, était bon : il aurait dû faire ouvrir les yeux au savant physicien, et lui prouver que la gloire véritable est bien différente de la popularité, qui brille et passe comme l’éclair. En cette