Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/805

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


été produits. Je pourrais ici m’arrêter et laisser à d’autres le soin de vous instruire de ces particularités, et ce serait sans doute le parti le plus prudent. Mais, d’un côté, il ne saurait y avoir un grand inconvénient à répéter tout haut ce que déjà tant de personnes disent tout bas, et d’ailleurs il est bon que les faits dont j’ai à vous entretenir soient constatés par un contemporain, afin que, si quelque érudit des temps futurs parvient d’ici à cent ans à découvrir dans un coin cet écrit, et s’il a le courage de le lire, il puisse y trouver l’explication des évènemens qui se passent de nos jours à l’Académie des sciences, et qui ne seront consignés ni dans les éloges ni dans les relations officielles. Eh bien donc ! puisqu’il faut nommer le magicien qui a eu le pouvoir de produire cette grande transformation… ce magicien, c’est M. Arago.

Vous connaissez, monsieur, cet homme célèbre, dont le nom est devenu si populaire. Né dans le midi de la France, d’une famille originaire d’Espagne, il a les qualités et les défauts des hommes méridionaux. L’esprit prompt, l’imagination vive, la parole facile, beaucoup d’amour-propre, un désintéressement qui ne s’est jamais démenti, une grande mobilité dans les idées, plus d’énergie que d’activité, une impétuosité de caractère qui l’entraîne quelquefois trop loin, et, avec cela, beaucoup d’adresse, de modération même quand il ne peut pas emporter une question de haute lutte ; très chaud pour ses amis, implacable et souvent injuste envers ses adversaires, M. Arago, en un mot, est un de ces hommes destinés à faire beaucoup de bien ou beaucoup de mal partout où ils se trouvent. Sorti de cette ancienne École polytechnique qui a donné à la France tant d’hommes éminens, il se fit distinguer de bonne heure par ses maîtres, et il fut chargé, très jeune encore, d’accompagner M. Biot en Espagne pour l’aider dans les opérations relatives à la mesure du méridien que cet habile astronome était chargé de diriger. Mais ses travaux furent interrompus par la guerre et par l’insurrection de la Péninsule. Après avoir couru les plus grands dangers, auxquels il ne put échapper que grace à l’habitude qu’il avait dès l’enfance de parler catalan, il arriva à Paris, où Monge, Laplace et M. Biot, voulant récompenser le zèle dont il avait fait preuve, lui ouvrirent bientôt les portes de l’Institut. Membre de l’Académie des sciences, attaché de bonne heure au Bureau des longitudes en qualité d’astronome, professeur à l’École polytechnique, examinateur à l’école de Metz, M. Arago se trouva dès sa jeunesse en possession des avantages qui ordinairement sont réservés à l’âge mûr comme récompense