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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/739

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en propres termes, le mécanisme dramatique de M. Scribe, qui se dérobe dans des œuvres plus rapides. Les ménagemens d’entrée et de sortie, les adresses de ralentissement pour économiser l’action, se peuvent admirer au point de vue du métier : il y a une scène surtout, à la fin du second acte, une préparation de musique vocale qu’on voit venir et qui ne doit pas avoir lieu ; c’est le plus charmant escamotage.

L’observation de la société se retrouve dans des traits spirituels et dans des détails heureux bien plutôt que dans l’ensemble de l’action et dans les caractères des personnages. M. Scribe ressemble en un sens aux poètes dits de la forme, qui s’inquiètent, avant tout, des circonstances de l’art et négligent souvent l’inspiration toute naturelle. Lui, il s’inquiète beaucoup des habiletés et des ruses du métier, et sa raillerie ingénieuse ne puise pas à même de la société pour ainsi dire ; Picard, pour ne prendre qu’un exemple proportionné, le Picard du bon temps était bien autrement que lui en pleine et vraie nature humaine. Mais n’allons pas nous montrer trop exigeans, et à propos d’un légitime succès, envers notre seul auteur comique d’aujourd’hui. Cela ne fera peut-être pas beaucoup d’honneur à notre époque d’avoir eu M. Scribe pour seul auteur comique ; mais cela fera beaucoup d’honneur à M. Scribe assurément, et il faut l’en applaudir. Je ne veux plus que lui adresser une simple observation au sujet d’un personnage de la Calomnie. Depuis long-temps il est reçu que la marquise est ridicule ; c’est un personnage sacrifié. Mais cette marquise de la Calomnie passe toutes les bornes ; elle réussit pourtant, elle fait rire ; le parterre s’écrie que c’est bien cela, comme si le parterre avait rencontré sur son chemin de telles marquises. M. Scribe, en flattant par là les instincts de classe moyenne et les préventions démocratiques, méconnaît les qualités les plus essentielles d’un monde qui disparaît graduellement et qui n’aura plus sa revanche, même à la scène. Allons ! cette marquise de la Calomnie n’est-elle pas elle-même un petit échantillon de calomnie ? Tant il est vrai qu’elle se glisse partout, là même où elle est si hardiment d’ailleurs et si spirituellement moquée.


Si la Calomnie a rendu un peu d’éclat au théâtre, les romans dignes de quelque attention sont toujours aussi rares. En vain feuilletons-nous le Journal de la Librairie ; les productions nouvelles qu’il annonce sont de celles qu’il faut accueillir par le silence. Dans une telle disette de travaux d’imagination, la critique serait forcée de garder le silence, si elle ne trouvait à se rejeter sur les publications sérieuses. C’est dans le domaine de l’histoire et de la science que s’est réfugiée la vie intellectuelle, et c’est là qu’en attendant une occasion meilleure, nous essaierons de l’étudier aujourd’hui.


LA RELIGION DES DRUSES, par M. de Sacy [1]. — On comprend jusqu’à un certain point l’établissement du mahométisme. En s’inspirant de l’Évangile

  1. Deux vol. in-8, Chez Dondey-Dupré, rue Viviente.