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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/734

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avec M. Thiers. M. Thiers, dit on, perdrait, il est vrai, une partie de ses amis ; mais rien ; ne devrait empecher les doctrinaires, disposés à s’allier à M. Thiers seul, de le suivre dans son alliance avec le chef du parti conservateur. N’avoueraient-ils pas, en s’y refusant, que c’est vers la gauche qu’ils préfèrent marcher, et qu’ils sacrifient leurs principes à leurs antipathies ? Raisonnement spécieux sans doute et qui pourrait, peut-être faire avorter, par de nouvelles tentatives, le cabinet qu’on donnait aujourd’hui comme chose certaine.

Certes, nous applaudirions fort à cette triple combinaison ; mais, nous n’osons pas la croire possible. Il n’y a peut-être pas de grande raison qui s’y oppose. Il y en a trop de petites, et malheureusement en pareille matière les petites raisons trop souvent l’emportent.

Il serait fâcheux, dans le cas présent, qu’il en fût tout-à-fait ainsi, particulièrement à l’égard de cette portion influente et persistante, de la chambre qui s’attache, avant tout, à I’idée de conservation. L’alliance ou l’appui de quelques membres influens des 221 tendrait à reporter M. Thiers vers les centres, à le replacer dans une situation analogue à celle qu’il avait il y a quatre ans, et dont l’abandon, a été pour tous une cause incessante d’affaiblissement et d’agitation.

Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons que nous réunir à tous ceux, qui demandent à grands cris une prompte solution. Qu’on ne laisse pas croire au pays que l’établissement de juillet est travaillé d’une sorte d’agitation périodique, dont les accès se rapprochent au lieu de s’éloigner, et dont la guérison devient de jour en jour plus difficile.

Tout est arrêté à l’intérieur. Les lois les plus importantes, les mesures, les plus impatiemment attendues, se trouveront cette année encore, rejetées à la fin de la session, lorsque l’ennui, le dégoût, l’impatience, ne laissent aux chambres aucune puissance de travail, et ôtent toute dignité à leurs délibérations. La question des sucres, celles de l’esclavage, de la rente, des chemins de fer, et tant d’autres, resteront sans solution pour peu que la crise se prolonge, et alors recommenceront, avec plus de violence et plus d’apparence de raison, les récriminations contre les résultats de ce système électoral, qu’on voudrait bouleverser à tout prix. Il est vrai qu’il serait impossible d’offrir long-temps au pays le spectacle de deux chambres inactives, l’une plongée dans un profond sommeil, l’autre ne veillant que pour se trémousser, et pour amener des crises qu’elle déplore, et dont elle est incapable de prévenir le retour.

L’extérieur n’est guère plus rassurant. Quoi qu’on en dise, notre alliance avec l’Angleterre, sans être rompue, est singulièrement affaiblie. Nous sommes alliés ; mais sur une question capitale, immense, nous ne voulons pas la même chose, nous ne tendons pas au même but : nous sommes des alliés qui, sans tendre au même but, cherchons à augmenter chacun nos forces maritimes. L’Angleterre ne cesse de négocier avec les autres puissances, et particulièrement avec la Russie, sans notre participation ; l’Angleterre ne cesse de monter la tête au divan, que nous voulons ramener à des idées, à des projets raisonnables ; l’Angleterre ne cesse d’irriter et de menacer ce pacha d’Égypte que nous désirons