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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/729

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M. Arndt a fort atténué les déplorables résultats du règne de Gustave IV et les fautes de Gustave III. Sous ce rapport, son livre est incomplet ; mais on y trouve des documens précieux sur plusieurs évènemens dont l’auteur a été lui-même témoin, sur des hommes d’état qu’il a connus, sur des faits dont il a pu fort bien savoir le secret, étant sur les lieux. Du reste, nous n’avons rien encore d’aussi étendu sur toute cette époque si animée et si dramatique de l’histoire de la Suède. En attendant que Geiier la dépeigne avec sa sagacité habituelle, ou que Fryxell nous la représente avec toute l’animation de sa pensée et de son style, l’ouvrage de M. Arndt reste comme un mémoire que l’on peut consulter avec fruit et qu’on lira avec intérêt.

Un autre professeur de Bonn, M. Loebell, à qui l’on doit déjà plusieurs dissertations historiques très recommandables, vient de publier un livre qui a pour nous un intérêt tout particulier. C’est une biographie assez étendue de Grégoire de Tours, (Gregor von Tours und seine Zeit,) un tableau de son époque, une peinture caractéristique des hommes de son temps. M. Guhrauer, qui adressa en 1839, à l’académie des sciences morales et politiques, un mémoire sur le projet d’expédition en Égypte présenté à Louis XIV par Leibnitz, vient de compléter les documens relatifs à cette curieuse question, et en a fait un livre que nos historiens s’empresseront de consulter. (Kur-Mainz in der Epoche von 1672.) MM. Heeren et Uckert, qui ont entrepris une collection complète d’ouvrages historiques, la poursuivent avec autant de zèle que d’intelligence. Ils viennent d’ajouter à leurs premières publications l’Histoire d’Angleterre, par M. Lappenberg, et le commencement de l’Histoire de Danemark, par M. Dahlmann. Dans une autre série d’études, nous devons signaler la collection complète des Minnesinger, si long-temps attendue et publiée enfin par M. Van der Hagen [1]. Nous essaierons une autre fois d’apprécier ces différens ouvrages.

Ainsi, en dépouillant les nouveaux catalogues de la librairie allemande, si dans l’innombrable quantité de livres qu’ils renferment, nous trouvons beaucoup à blâmer, il y aura aussi, çà et là, plus d’une œuvre digne d’éloges. Et même en blâmant l’Allemagne, il y a quelque lieu de l’envier. Son défaut, c’est de produire trop de livres ; ils sont sérieux du moins, et font preuve de labeur et de fécondité. Le public allemand enrichit encore les libraires ; le nôtre les ruine. Là-bas on demande des volumes ; ici on s’arrête aux feuilletons.

  1. Librairie Brockhaus et Avenarius, 60 rue Richelieu.