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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/714

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a toujours marché du même pas que l’analyse de la pensée, on ne lira pas sans profit les remarques faites par les grammairiens sur les poètes. Ces commentaires, qu’on accuse de sécheresse, n’ont pas été sans utilité. L’étude persévérante des secrets de la parole ne saurait être impunément négligée, car cette étude est la seule voie qui conduise à la clarté. Or, dans la poésie comme dans la science, la clarté sera toujours un besoin impérieux. Toutes les fois qu’un écrivain se propose d’agir sur le public par l’enseignement ou l’émotion, toutes les fois qu’il entreprend de démontrer les vérités qu’il croit avoir aperçues, ou de peindre les sentimens qu’il éprouve, il doit se préparer à l’accomplissement de sa tâche par l’étude complète de l’instrument qu’il va manier. La langue, en effet, pour celui qui la connaît à fond, n’est pas seulement un moyen d’exprimer, mais bien aussi un moyen de sonder la pensée. La connaissance complète de la langue offre donc deux genres d’utilité ; non-seulement elle permet à l’écrivain de montrer sous une forme claire et précise ce qu’il sait ou ce qu’il sent, mais elle est pour lui-même, abstraction faite de son auditoire, une méthode puissante d’invention dialectique ou poétique. Chacune des propositions que nous venons d’énoncer est depuis long-temps tombée dans le domaine public ; cependant nous n’hésitons pas à les reproduire, car il arrive trop souvent aux écrivains de notre temps de traiter la langue en pays conquis. M. Barbier, qui jusqu’ici avait montré pour le vocabulaire et la syntaxe un respect assez constant, s’est laissé aller, dans ses deux nouvelles satires, à des distractions que rien ne saurait excuser. Nous ne pouvons mettre sur le compte de l’ignorance les fautes qu’il a commises, car les Iambes et le Pianto réfuteraient victorieusement notre accusation ; mais, volontaires ou involontaires, ces fautes doivent être blâmées, et dût-on nous traiter d’éplucheur de mots, nous n’hésitons pas à les signaler.

M. Barbier, dans ses deux nouvelles satires, a commis des erreurs d’une nature plus délicate, qui cependant, aux yeux des amis de la poésie, n’ont pas moins de gravité. Il connaît certainement aussi bien que nous les lois qui président à la construction de la strophe ; il n’ignore pas sans doute l’analogie de la strophe et de la voûte ; il sait la valeur et l’emploi des rimes plates et des rimes entrelacées. Pourquoi donc a-t-il violé ces lois ? Pourquoi donc a-t-il placé dans la partie lyrique de ses deux satires plusieurs séries de rimes plates qui ne sont, à proprement parler, ni des strophes, ni des stances. J’admettrai volontiers que l’école littéraire de la restauration exagérait