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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/712

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du poème ne rappellent que rarement la mythologie païenne, la voix des Telchines excite un mouvement de surprise et donne à cette troisième partie un caractère laborieux. Il n’est pas défendu aux poètes de consulter la Symbolique de Creuzer ; seulement il faut qu’ils sachent profiter de leur érudition sans la montrer d’une façon officielle, et c’est ce que M. Barbier n’a pas su faire. Les Télchines soulèvent une objection d’une nature plus délicate, que je ne crois cependant pas pouvoir passer sous silence. Les Telchines, en jouant le rôle d’agens provocateurs, n’atténuent-ils pas le crime d’Érostrate ? Si les plus grands poètes de l’antiquité païenne n’ont pas toujours réussi à présenter sous une forme heureuse la lutte de la liberté humaine contre la volonté divine, cet écueil est encore plus dangereux pour les poètes modernes qui essaient de traiter des sujets païens. L’idée de la responsabilité morale est aujourd’hui si généralement acceptée, que le lecteur ne consent pas sans peine à voir la liberté humaine fléchir sous l’action de la volonté divine. Je crois volontiers que l’intervention des dieux est indispensable dans toutes les fables qui reposent sur une donnée païenne ; mais, tout en acceptant cette nécessité, je pense que le poète moderne doit, sans oublier la date du sujet qu’il a choisi, tenir compte de son temps et des lecteurs auxquels il s’adresse. Dans tous les cas, il ne peut nous reporter à l’antiquité païenne qu’à la condition d’être païen dès le début de son poème ; or, c’est là précisément ce que M. Barbier n’a pas fait.

La quatrième et dernière partie d’Érostrate est, à notre avis, la meilleure du poème. Le monologue d’Érostrate, au moment où il va pénétrer dans le temple de Diane, exprime très bien la situation de son ame et la fièvre d’orgueil qui le dévore. Le dirai-je ? la quatrième partie d’Érostrate est la seule qui se rapporte directement au sujet choisi par M. Barbier ; les trois premières parties sont de véritables hors-d’œuvre qui ne servent en rien au développement de l’idée inscrite par le poète en tête de son ouvrage. Toutefois, je ne saurai approuver le ressort inventé par M. Barbier pour arrêter l’orgueilleux incendiaire sur le seuil du temple de Diane ; en voyant paraître la Piété, la Beauté, Mnémosyne, le lecteur sent trop bien qu’il n’est pas dans le domaine de la réalité. Si quelque divinité doit parler, c’est la voix de Diane qui doit se faire entendre. Je dirai des Mégabyzes ce que j’ai dit des Telchines ; ce détail érudit sent le placage et distrait l’attention. Ce qui manque en un mot à cette quatrième partie comme aux trois parties précédentes, c’est une atmosphère