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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/705

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unis en une large nuance commune, qui ne laisse guère subsister d’essentiellement différent que ce qui tient au talent propre, à la manière, à la finesse.

Dans l’art, c’est moins apparent, c’est pourtant un peu ainsi. Les talens qui en sont à leurs secondes phases, et qui les ont eues meilleures que les premières, se trouvent rapprochés par une certaine harmonie plus proportionnée des œuvres. En somme, chacun, sur ce terrain commun que nous tâchons bien plutôt d’indiquer et de fixer que de définir, y gagnerait précisément de ne pas négliger, de reconnaître au contraire et de suivre les parties de son emploi les moins contestables et les mieux agréées. Qu’Alfred de Musset laisse courir ces charmantes comédies qui ont déridé même les classiques sévères, que Quinet écrive sur Strauss avec une imagination tempérée par les faits, tout le monde applaudit.

Mais une grande part du présent appel (pourquoi ne pas le déclarer ?) s’adresse encore plus particulièrement dans notre pensée à ces anciens amis qui, long-temps groupés au Globe, ne se sont plus retrouvés depuis en littérature, ou ne s’y sont rencontrés qu’un peu au hasard et pour se montrer la brèche déserte, pour regretter les lacunes des absens. Ils sont là tous encore, pourtant, debout, dans la maturité vigoureuse de l’esprit. Qu’attendent-ils ? la politique, dont c’est plus que jamais le cas de déplorer les soubresauts déconcertans et les perpétuelles coupures, ne les absorbe pas tellement aujourd’hui, qu’il n’y ait de leur part bien des idées qui se perdent en chemin vers les nôtres. Pourquoi ne les pas rejoindre ? Que M. Dubois, qui fut l’éloquent journaliste par excellence, ressaisisse donc encore, comme par secousses, sa vive plume acérée ; qu’au sortir de ces contentions dont la vivacité surpasse trop le résultat, M. Duvergier de Hauranne, si net et si fin en littérature, nous parle, comme autrefois, de l’Irlande ; que M. Vitet nous parle encore des beaux-arts avec cet enthousiasme que son érudition nourrit et justifie. Mêlés aux nouveaux, ils rejoindraient et exciteraient ceux d’autrefois qui n’ont pas quitté. Un retour, ne fût-il qu’assez rare de la part d’un chacun, s’il est réel et suivi, peut suffire à renouer le lien et à maintenir les lignes.

Sans doute il y aura des différences, des dissidences qui subsisteront ; mais, en avançant, et par un triste bienfait des années, tant de portions âpres sont dépouillées déjà : ne serait-il pas temps de se rabattre vers les vues semblables, d’insister sur les endroits de la trame qui se fortifient en se croisant ? C’est par là surtout qu’on peut