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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/703

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dans un but désormais commun de recomposition et de salut. Parmi les écoles conservatrices et non pourtant ennemies du progrès, celle qui a le plus de confiance en elle-même, et qui n’est pas encore guérie de croire à l’efficacité absolue de certaines formes et de certaines distinctions plus théoriques que vraies, a dû, ce me semble, se guérir au moins de tout dédain envers ceux qui n’ont à apporter au concours des choses publiques qu’un empirisme équitable, modéré, et qui a sa philosophie aussi dans l’histoire. Et qui donc, dans de certains rangs où l’expérience a soufflé, en pourrait être aux exclusions et aux dédains aujourd’hui ? Il les faut laisser à l’orgueil des générations survenantes, qui ont encore à parcourir en leur propre nom tout le cercle des erreurs. Voilà ce que je me hasarderais à penser de la politique de conservation, en idée du salut du pays, si toutefois je m’étais accoutumé d’assez longue main à concevoir le salut et l’honneur du pays sous ces sortes d’aspects.

Eh bien ! cette tolérance, cette union conservatrice, cette ligue de bon vouloir et de bon sens, si regrettable et si loin de nous en politique, il est plus facile de provisoirement l’établir en littérature ; et si les symptômes ne nous trompent, et pour peu que quelque activité y aide, on serait à même, à l’heure qu’il est, de l’accomplir. Il ne faut qu’un léger effort et comme un clin d’œil de correspondance pour cela. Le départ du mauvais s’est fait de lui-même ; les excès se sont tirés sur chaque ligne et jusqu’à leurs dernières et révoltantes conséquences ; l’industrialisme, la cupidité, l’orgueil, ont atteint d’extravagantes limites qui font un camp à part et bien large à tous les esprits modérés, revenus des aventures, amis des justes et bienfaisantes lumières. On est plus qu’un groupe, on est près de devenir une cité par le fait même de ces débordemens et brigandages qui ont rendu le reste du pays littéraire inhabitable, qui ont refoulé et rapproché les honnêtes esprits.

Une critique nouvelle, et sans prétention de l’être, faisant digue au mal, refaisant appui aux monumens, peut naître de là ; elle est toute née par la force des choses ; elle existe déjà de formation naturelle plutôt que de propos délibéré ; c’est la meilleure : on en voit déjà les caractères.

J’en signale seulement l’esprit général et la tendance ; je ne m’aviserai pas d’en aller préciser d’avance les points, d’en dresser les formules et le programme. Le premier caractère de cette critique serait précisément d’être revenue des programmes. Ce n’est que dans