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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/671

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l’assurer à tous. Qu’on les appelle droits, devoirs, garanties, n’importe. Les droits peuvent se traduire par les devoirs, et vice versa. »


Bourges, 21 septembre.

« Aujourd’hui, le préfet m’a envoyé chercher, et m’a demandé si j’étais toujours dans l’intention de me rendre en Angleterre. « Le ministre m’a chargé de vous faire cette question, et de vous demander si dans ce cas vous préférez vous embarquer à Calais ou à Boulogne. » Je répondis que, je ne pouvais désirer de rester en France qu’autant que je jouirais d’une entière liberté ; que si cela ne m’était point accordé, j’acceptais avec empressement des passe-ports pour l’Angleterre. Je priai ensuite le préfet de demander pour moi la faculté de me rendre à Calais sans l’escorte d’un gendarme, offrant ma parole d’honneur de suivre la route qu’on me prescrirait. Le préfet a répondu ce soir au ministre, et probablement, dans cinq ou six jours, l’ordre ou la permission de partir arrivera.

« Tu sens bien que je ne pouvais faire d’autre réponse honorable que celle que j’ai faite. Je dirai donc adieu à la France, à ton pays, mais je n’y renonce point. La société européenne aura quelques années de calme. Peut-être l’inquiétude qu’inspire si mal à propos ma personne à certains esprits s’évanouira-t-elle. Je reviendrai alors te voir, et probablement m’établir auprès de toi, dans la capitale de l’Europe. J’ai besoin de cette espérance. — Tu le vois, mon ami, c’est la Providence qui me conduit par la main en Angleterre ; il faut céder. J’ai le cœur tranquille, il n’y a plus lieu à doute, à perplexité, et c’est le seul état qui me prive de la moitié de mes forces… »


Bourges, 27 septembre.

« … J’étais tout préparé pour mon hiver à Bourges ; mais je t’avoue que la pensée de ravoir ma liberté me touche infiniment. Je te prie de me procurer, si cela est en ton pouvoir, quelques lettres pour Londres…

« Ô mon ami, je vais en Angleterre avec le cœur tranquille, parce que je m’y vois, pour ainsi dire, poussé par les circonstances où je me trouve, et où je me suis placé par une conduite dont tu connais les détails. Mais je n’y vais point avec le cœur gai : je te laisse en France. Ton nom dans la balance l’eût toujours fait pencher de ce côté-ci du détroit ; mais ma position est claire : ou libre en France