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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/661

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de vous voir dans la plénitude de votre puissance d’esprit et de travail. »

Alençon, 2 juin.

« Je suis logé, mon cher ami, dans la rue aux Cieux, chez M. Chapelain, tapissier. J’ai deux chambres assez grandes et assez propres ; mais une triste vue sur la rue et sur une petite vilaine cour a remplacé le lac, les Alpes, Vevey et Clarens, que j’avais sous ma fenêtre il y a un an. J’ai voulu hier voir les environs. J’ai rencontré la Sarthe croupissante et des champs peu fertiles. A force de chercher, j’ai trouvé un peu d’ombre à l’abri de quelques pommiers. La ville est très mal bâtie ; elle a un jardin public passable, un assez grand nombre de propriétaires aisés. A en juger sur quelques indices fort vagues, les Alençonnais sont de bonnes gens, un peu curieux, mais fort innocemment. Je ne les crois pas plaideurs, tout Normands qu’ils sont, car leur palais de justice n’est qu’à moitié construit. La cathédrale est grande, à vitreaux peints ; mais l’intérieur est moitié gothique, moitié mauvais grec. J’y ai entendu un prêtre faisant un sermon à des enfans. Il criait assez fort ; mais je n’ai pas entendu un seul mot de son beau discours : c’était cependant du français, mais débité selon la coutume de Normandie.

« Je suis enamouré de Paris ; il y a une bonne partie de moi-même dans cette ville que j’ai toujours voulu haïr et que j’ai fini par aimer d’amour.

« Je n’ai pas reçu de réponse du ministre, et je m’y attendais bien. Je ne cesserai pas de me plaindre, quand ce ne serait que pour leur rappeler leur injustice. On aime assez à voir résignés et silencieux ceux qu’on persécute : je ne leur donnerai pas ce plaisir-là.

« Outre les livres dont nous sommes convenus, je vous demande, 1° M. de Bonald, Législation primitive ; 2° M. de La Mennais, de l’Indifférence ; 3° Châteaubriand, de la Monarchie selon la Charte. »

Alençon, 12 juin.

« Hier, vos deux lettres, celle du 3 et celle du 9, me sont arrivées à la fois ; j’en avais besoin. L’inquiétude que j’éprouvais en ne recevant aucune nouvelle de votre chère personne, commençait à devenir de l’anxiété ; il y aurait eu de la folie à vous mettre en chemin par la chaleur qu’il fait. Ne vous étonnez pas des livres que je vous demande ;