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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/660

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police. Alençon fut la prison, un peu plus vaste que la salle Saint Martin, à laquelle Santa-Rosa fut condamné par M. le ministre de l’intérieur et de la police. Cet acte lâche et méchant envers un homme évidemment inoffensif, et qui ne pouvait trouver de consolation qu’à Paris, auprès d’un ami dont on connaissait à la fois les opinions libérales et la vie bien tranquille, puisqu’il la passait presque tout entière dans son lit, cet acte qui perdit Santa-Rosa en le séparant de Paris et de moi, lui causa, par son inutile rigueur, une véritable irritation. Il protesta, demanda la permission de rester à Paris ou des passeports pour l’Angleterre. On ne lui fit aucune réponse, et il fut transféré à Alençon.

Voici des fragmens de quelques-unes de ses lettres d’Alençon, qui font connaître la vie qu’il y menait, ses sentimens et ses travaux.


Alençon, 19 mai 1822.

« Nous voilà arrivés depuis hier à Alençon ; les ordres du ministre nous soumettent à la surveillance de l’autorité locale, et cette surveillance s’exercera de cette manière-ci : tous les jours, d’une heure à deux, nous devons nous présenter au maire et signer dans son registre ; voilà tout. J’ai déclaré bien doucement, bien simplement, mais en termes bien clairs et bien significatifs, ma position au maire. Il n’avait pas de bonnes raisons à me dire, je ne lui en demandais ni de bonnes ni de mauvaises : aussi l’entretien ne fut-il pas vif ; mais il fut poli, ce qui ne laissait pas d’être un assez grand point pour votre débonnaire ami. Au reste, j’aime les maires et pour cause. Celui-ci est un bon vieillard, ayant une petite voix fort honnête ; son adjoint, dont le nom finit en ière et qui marche droit comme un i, ne nous a pas reçus aussi bien. Je me suis bien promis que si jamais je redeviens syndic de ma chère ville, je me garderai de donner de mauvais momens aux pauvres diables qu’on m’amènera. Je vais mener une vie d’ermite, cela me consolera de n’être plus dans ma prison de Paris. L’indignation que me cause l’injustice que j’éprouve n’a pas diminué, mais je ne la laisserai pas troubler mon repos. C’est assez parler de moi. J’arrive à un sujet que je ne saurais plus quitter. Songez que vous êtes réellement mieux qu’en novembre dernier ; ce mieux doit vous donner un commencement de courage, parce que c’est un commencement d’espérance. Réfléchissez un peu au plaisir, au vif, à l’inconcevable plaisir de redevenir vous-même, et au mien,