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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/66

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REVUE DES DEUX MONDES.

avait de plus coupable, de moins pardonnable, disait-il, ne voulant pas de grâce, se soumettant à sa haine, à son oubli, mais ne voulant pas mériter son mépris. — Jamais Laurence ne vous montrera cette lettre, lui dit-il, elle a trop provoqué mon retour vers elle pour vous fournir cette preuve de sa coquetterie ; je n’avais donc rien à craindre de ce côté, mais je n’ai pas voulu vous perdre sans vous faire savoir que j’accepte mon arrêt avec soumission, avec repentir, avec désespoir. Je veux que vous sachiez bien que je me rétracte, et voici une nouvelle lettre que je vous prie de faire tenir à Laurence. Vous verrez comme je la juge, comme je la traite, comme je la méprise, elle ! cette femme orgueilleuse et froide qui ne m’a jamais aimé et qui voulait être adorée éternellement. Elle a fait le malheur de ma vie, non pas seulement parce qu’elle a déjoué toutes les espérances qu’elle m’avait données, mais encore parce qu’elle m’a empêché de m’attacher à vous comme je le devais, comme je le pouvais, comme je le pourrais encore, si vous pouviez me pardonner ma lâcheté, mon crime et ma folie. Partagé entre deux amours, l’un orageux, dévorant, funeste, l’autre pur, céleste, vivifiant, j’ai trahi celui qui eût relevé mon ame pour celui qui la tue. Je suis un misérable, mais non un scélérat. Ne voyez en moi qu’un homme affaibli et vaincu par les longues souffrances d’une passion déplorable ; mais sachez bien que je ne survivrai pas à mes remords : votre pardon eût seul été capable de me sauver. Je ne puis l’implorer, car je sais que je ne le mérite pas. Vous me voyez tranquille, parce que je sais que je ne souffrirai pas long-temps. Ne craignez pas de m’accorder au moins quelque pitié ; vous entendrez dire bientôt que je vous ai fait justice. Vous avez été outragée, il vous faut un vengeur. Le coupable c’est moi, le vengeur ce sera moi encore.

Pendant deux heures entières, Montgenays tint de tels discours à Pauline. Elle fondait en larmes ; elle lui pardonna, elle lui jura d’oublier tout, le supplia de ne pas se tuer, lui défendit de s’éloigner, et lui promit de le revoir, fallût-il se brouiller avec Laurence : Montgenays n’en espérait pas tant et n’en demandait pas davantage.

Lavallée la ramena. Elle ne lui adressa pas une parole durant tout le chemin. Sa tranquillité n’étonna point le vieux comédien ; il pensa bien que Montgenays n’avait pas manqué de belles paroles et de robustes mensonges pour la calmer. Il pensa qu’elle était perdue, s’il n’employait les grands moyens ; avant de la quitter, à la porte de Laurence, il glissa dans sa poche la lettre de Montgenays à Laurence, qui n’avait pas encore été décachetée.

Laurence fut fort surprise le soir, au moment de se coucher, de