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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/655

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de Sardaigne, dont il était colonel, et plus tard les victoires de Napoléon et le soumission du Piémont mirent fin à la carrière militaire du jeune Sanctorre. Il se retira dans sa famille, à Savigliano, et, moitié dans cette ville, moitié à Turin, il fit de très bonnes études classiques avec plusieurs condisciples, depuis fort connus dans les lettres sous le célèbre abbé Valpersga de Caluso. Le nom de sa famille était si respecté dans sa province, et lui-même le portait si bien, qu’à l’âge de vingt-quatre ans il fut élu par ses concitoyens maire de Savigliano, et il passa plusieurs années de sa jeunesse dans ces fonctions, où il acquit l’habitude des affaires civiles. Mais ce n’était pas là une carrière pour un homme sans fortune. On lui persuada donc, malgré ses répugnances, d’entrer dans l’administration française, qui gouvernait alors le Piémont ; il fut fait sous-préfet de la Spezia, état de Gênes, et il exerça ces fonctions pendant les années 1812, 1813 et 1814 jusqu’à la restauration. Santa-Rosa salua avec enthousiasme le retour de la maison de Savoie, et, en 1815, croyant que l’arrivée de Napoléon à Paris, pendant les cent jours, susciterait une longue guerre, il quitta le service civil pour le service militaire, et fit la très petite campagne de 1815 comme capitaine dans les grenadiers de la garde royale. Puis, tout étant rentré dans le repos après la chute de Napoléon, il quitta encore une fois la carrière des armes pour en prendre une où ses connaissances militaires et civiles se combinaient heureusement, celle de l’administration militaire. Il entra au ministère de la guerre, et y fut chargé de fonctions assez élevées. C’est alors, je crois, qu’il se maria avec une personne qui avait plus de naissance que de fortune. De ce mariage il eut plusieurs enfans. Il était très considéré, fort bien en cour, et destiné à une carrière brillante, quand lors de la révolution napolitaine l’Autriche affecta ouvertement la domination de l’Italie. Je dois m’imposer à moi-même un silence religieux sur les confidences que l’amitié de Santa-Rosa déposa dans mon sein ; mais je puis, je dois dire une chose, c’est que dans la profonde solitude où nous vivions, parlant à un ami dont les opinions politiques étaient au moins aussi prononcées que les siennes, vingt fois Santa-Rosa m’assura que ses amis et lui n’avaient eu de rapport avec les sociétés secrètes que fort tard, à la dernière extrémité, lorsqu’il leur fut démontré que le gouvernement piémontais était sans force pour résister lui-même à l’Autriche, qu’un mouvement militaire serait impuissant, s’il ne s’appuyait sur un mouvement civil, et que pour un mouvement civil le concours des sociétés secrètes était indispensable. Il déplorait cette