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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/625

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dans l’île entière. Son histoire offre peu d’intérêt. Jusqu’en 1814, elle ne fut guère habitée que par des pirates. Le fameux Laffitte, qui fit trembler pendant long-temps le golfe du Mexique et les côtes de la Louisiane, l’occupait à cette époque. Un Anglo-Américain qui l’avait connu me conduisit à son camp. C’était un carré long, entouré de fossés profonds, et situé près de la mer du côté de la baie, à l’est de la ville actuelle. Le pirate y entassait son butin, et, s’il faut en croire mon cicérone, il aurait eu jusqu’à quatorze voiles sous ses ordres. En 1831, l’île était encore déserte. Le gouvernement de Mexico y envoya une garnison de trente hommes vers le temps où éclatèrent les premières collisions entre le Texas et la république ; mais ce ne fut qu’en 1838, et après avoir conquis leur indépendance, que les Texiens y formèrent un établissement permanent. En juin et juillet 1837, j’ai vu colporter à Cincinnati de magnifiques plans de la future ville de Galveston, qui ont été l’objet d’un agiotage effréné ; mais du moins les lots se sont vendus, et, au commencement de l’année suivante, il y avait des maisons, des rues, des chantiers sur cet aride rivage, où les douanes sont déjà très productives. Galveston est cependant exposée à des vents du nord qui poussent l’eau de la baie fort avant dans les terres. On en avait eu un terrible exemple au mois de septembre 1837. La tempête avait transporté à plus de vingt-cinq pas sur le rivage trois bâtimens dont j’ai vu les carcasses enfoncées dans le sable, et un autre navire, chargé de trois cents émigrans dont les squelettes couvraient encore la plage, s’était perdu sur la pointe nord-est. Malgré ces désavantages, Galveston prospère, et entretient un commerce actif avec Houston, qui était encore, à l’époque de mon voyage, la capitale de la république, et qui conserve son importance, même aujourd’hui que le siège du gouvernement est transféré ailleurs. J’y ai remarqué une singulière preuve du génie inventif des Anglo-Américains pour gagner de l’argent, ou, comme ils le disent, pour en faire, to make money. Il n’y avait pas encore d’auberge à Galveston, quoique souvent les voyageurs fussent obligés de s’y arrêter avant de traverser la baie. Un bateau à vapeur de sept à huit cents tonneaux, qui venait de la Nouvelle-Orléans, fait une voie d’eau, et se trouve hors d’état de continuer son voyage. En attendant qu’il soit réparé, le propriétaire le conduit en face de la ville, l’échoue sur le sable, et y improvise un établissement de restaurateur où les étrangers sont nourris à raison d’un dollar (5, 33) par jour.

Les sauvages, qui ont été pendant plus d’un siècle la terreur des