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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/619

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gouverneur et d’un lieutenant-gouverneur, et y signèrent la déclaration solennelle des raisons qui engageaient le peuple texien à prendre les armes contre le Mexique. Berceau de la révolution et de la nationalité texienne, San-Felipe fut victime de la guerre qu’il fallut bientôt soutenir pour les défendre. A l’approche de l’armée mexicaine, commandée par Santa-Anna, les habitans, qui ne pouvaient lui opposer aucune résistance dans une place ouverte et bâtie en bois, mirent eux-mêmes le feu à la ville, pour qu’au moins l’ennemi n’y trouvât pas de ressources, et se retirèrent dans l’intérieur avec ce qu’ils purent emporter. J’ai vu San-Felipe un peu plus de deux ans après ce désastre ; la plupart des familles y étaient revenues, et reconstruisaient leurs maisons ; les traces de l’incendie s’effaçaient rapidement, et de nouveaux colons, arrivant en foule des États-Unis, imprimaient à tous les travaux une grande activité. Plusieurs familles mexicaines y ont aussi rapporté leurs pauvres pénates, avec tous leurs usages, et jusqu’aux ustensiles de basalte qui leur servent à écraser le maïs, nourriture traditionnelle des indigènes de l’Anahuac. Les Anglo-Américains vont si vite en besogne, que San-Felipe doit avoir maintenant l’apparence d’une jolie ville et tous les établissemens publics nécessaires à un chef-lieu de province. Au mois de juillet 1838, on avait tracé de nouveau toutes les rues à angles droits, la principale venant aboutir perpendiculairement au Brazos ; on construisait un palais de justice, et la population avait pour temple une grande salle toute nue avec deux rangées de bancs, l’une destinée aux hommes et l’autre aux femmes. A défaut de ministre, c’était un vieux charpentier, récemment arrivé du Massachussets, qui prononçait le sermon de rigueur, et le brave homme, au demeurant, ne s’en acquittait pas mal. San-Felipe a de l’avenir. Un acte de la législature lui a reconnu la propriété de l’immense plaine sur laquelle est située la ville. On a divisé cette plaine en lots qui se vendront bien, car le sol est très fertile. Déjà il se récolte une quantité considérable de coton dans les bas-fonds qui bordent le Brazos, et le pays est habité par de riches planteurs.

La vallée du Brazos est très peuplée. On y compte un certain nombre de villes dont l’importance se développera rapidement, grace aux émigrations du Missouri, qui a fourni, en 1837 seulement, plus de 6 000 habitans au Texas. La plupart de ces villes sont situées, comme San-Felipe, sur la rive droite du fleuve, qui est beaucoup plus élevée que l’autre et plus saine. On souffre encore de la chaleur à San-Felipe ; mais, en remontant le Brazos, la température change