Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/601

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dans le parlement jette quelques nuages et quelque incertitude sur les tendances politiques et les relations extérieures de la Grande-Bretagne. Les deux gouvernemens, le nôtre et celui de l’Angleterre, suivent en réalité la même ligne, partent des mêmes principes ; leur origine, leurs tendances, leur esprit, sont les mêmes. L’union de l’Angleterre et de la France, cette union si utile aux deux peuples, est dès-lors une sorte de nécessité politique que des causes accidentelles ou l’habileté diplomatique parviendront difficilement à briser.

Si le ministère anglais paraît se raffermir, le nôtre, en revanche, paraît s’ébranler tous les jours davantage. L’espoir qu’il a peut-être conçu un moment de rallier dans la chambre une majorité compacte s’est évanoui pour tout le monde. Malheureusement, plus on avance, et plus il devient évident qu’il faut poser la question en des termes plus généraux et plus alarmans. Cette majorité, sans laquelle toute pensée de gouvernement n’est qu’un rêve, cette majorité désormais impossible pour le ministère tel qu’il est, est-elle possible pour quelqu’un ? L’est-elle encore aujourd’hui ? le sera-t-elle demain ? La chambre se morcelle et se décompose tous les jours davantage ; frappée de sa propre impuissance, elle ajoute à tous ses dissolvans le découragement, l’apathie ; elle ne prête guère d’attention aux affaires, parce qu’elle ne prend plus rien au sérieux, ni les choses, ni les hommes ; un sentiment honnête, l’instinct du bien, lui disent cependant que cette étrange situation est transitoire, qu’il faut en sortir sous peine de tout compromettre. La chambre, qui, en réalité, quoi qu’on en dise, n’a jamais enfanté une administration, qui ne s’est jamais réservé d’autre droit que celui de bien ou de mal accueillir les administrations qu’elle a vu naître ; la chambre, fidèle à ses précédens, attend, plus encore ennuyée qu’impatiente, tout aussi mécontente des autres que d’elle-même, et employant son temps à se passer ses petites fantaisies, à des débats dans les bureaux et à des conservations en séance publique. Ceux qui ne s’alarmeraient point de ce déclin général de toutes choses, ceux qui s’obstineraient à reconnaître le meilleur des mondes possibles dans ce grand désordre politique, ceux qui croiraient qu’il faut laisser le vaisseau de l’état dériver à son aise, dans l’espoir qu’il se trouvera un jour devant un port où il entrera tout seul ; ceux-là sont doués d’une tranquillité d’esprit et d’un courage que nous ne partageons pas.

Au fond, les chambres n’ont rien fait jusqu’ici, pendant deux mois de session. La chambre des pairs a rejeté l’amendement par lequel on prétendait rendre l’état garant des paiemens qu’Haïti doit aux anciens colons de Saint-Domingue. La chambre, après une discussion assez vive, et malgré l’ingénieuse argumentation de M. Mounier et les sophismes coloniaux de M. le baron Dupin, a rejeté à une forte majorité un amendement qui aurait fondé un précédent aussi insolite en droit public que funeste pour les finances de l’état, et donné à la chambre des pairs l’attitude d’un corps politique voulant s’arroger la seule initiative qui ne lui appartienne pas, l’initiative en matière d’impôts.

A la chambre des députés, la discussion de la proposition Gauguier et celle du projet de loi sur la Légion-d’Honneur ont fait reconnaître, même aux plus incrédules, l’état de désorganisation où se trouve l’assemblée. La discussion,