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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/598

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importantes à Naples, à Constantinople, en Angleterre, en Suède, il fut un des acteurs principaux dans les terribles évènemens de 1814. Certes ce n’est pas nous qui pouvons applaudir au rôle que de tristes circonstances et l’ambition démesurée d’un homme ont imposé, nous aimons à le croire, à deux hommes éminens dans la guerre et dans la diplomatie, Bernadotte et M. Pozzo. Ce qui est surtout vrai, c’est que les haines du diplomate étaient toutes corses d’origine et de nature, toutes concentrées, à tort ou à raison, sur la personne de Napoléon ; elles ne s’étendaient nullement à la France.

Loin de là : M. Pozzo aimait la France, et il a toujours sincèrement désiré que, constituée sous un gouvernement, monarchique sans doute et régulier, mais libre et fort, elle pût reprendre promptement dans la famille européenne le rang éminent qui lui appartient et que l’intérêt général lui assigne. C’est là la pensée qui l’a incessamment dirigé et en 1814, et en 1815, et en 1830 ; il a également combattu et les folles prétentions de ces énergumènes qui, en 1815, rêvaient le morcellement de la France, et les utopies rétrogrades de la cour de Charles X, et les alarmes réelles ou simulées de ceux qui s’obstinaient à voir dans les barricades défensives de 1830 une recrudescence de 1793. Mais si, en présence de ces faits, la France doit oublier que M. Pozzo a siégé dans les conseils des coalisés ; c’est sur la Russie que pèse envers lui la dette d’une reconnaissance éternelle ; car c’est à M. Pozzo, avant tout, à l’élévation de sa politique, à la promptitude et à la sûreté de son coup d’œil, à l’habileté, à la profondeur, à la vivacité de ses négociations et à la hardiesse calculée de ses conseils, qu’elle doit le rôle éminent qu’elle a joué, la haute influence, l’espèce de patronage qu’elle a exercé pendant quinze ans en Europe. La dernière dans la famille des peuples civilisés, elle a présidé un moment le grand conseil de la civilisation européenne. C’est là la page brillante des annales russes. Il se passera long-temps avant qu’on puisse en tracer une seconde. La Pologne opprimée, déchirée, pleurant sur les ruines de ses temples et redemandant à la Sibérie ses enfans, est une barrière infranchissable entre la Russie et l’Europe du XIXe siècle. La Russie a reculé de cent ans ; elle est rentrée dans les steppes.

Chacun a pu lire dans les journaux quotidiens le discours fort étendu du roi de Suède à la diète. A n’en juger que par cette pièce, on serait porté à croire que la tranquillité est assurée pour long-temps dans ce royaume du Nord, et que les Suédois, attachés par une juste et, profonde reconnaissance à leur nouvelle dynastie, ne s’occupent que du paisible, développement de leur prospérité nationale. Si nous sommes bien informés, la réalité ne répond pas à ces apparences. On dit que la couronne rencontrera, au sein de la diète, une sérieuse opposition. L’autorité morale du vieux monarque suffira difficilement à la vaincre. Le prince Oscar plaît à l’armée suédoise, il a su la captiver ; mais rien ne résiste en Suède à l’influence de la diète, et il est facile de le comprendre par les élémens divers dont elle est composée. C’est M. Matuschewicz qui représente la Russie à Stockholm. On assure que ce diplomate aspirait à l’ambassade de Londres, et qu’en l’envoyant à Stockholm on lui dit que ce poste