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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/499

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plus morale encore que poétique, et cette infortunée miss Landon, qui dort à jamais au bord d’une mer lointaine ? Où sont l’économiste Sadler, le démocrate Cobbett, le misanthrope Egerton Brydges, qui a écrit des sonnets délicieux et recueilli des livres rares ? Le berger d’Ettrick, cette contre-épreuve un peu pâle de Robert Burns, vient de mourir aussi ; tous les flambeaux s’éteignent l’un après l’autre.

Ainsi se tut la muse anglaise sous Jacques Ier et Charles Ier, après le grand et magnifique concert de ses plus beaux génies. Trente années s’écoulèrent ; Milton, Butler et Dryden, sous Charles Ier, lui rendirent son pouvoir. Il se fit encore un repos et un silence, jusqu’au règne à demi français de Pope, d’Adisson et de Samuel Johnson ; ce règne fut à son tour suivi de la grande lacune remplie par les nullités triomphantes de Mason et de Hayley. Le commencement du XIXe siècle rompit le charme fatal. Trente années de splendeur et de fécondité succédèrent.

Les romans de Bulwer, derniers épis de cette moisson prodigieuse, semblent eux-mêmes épuisés. N’espérons plus voir renaître les temps où chaque année donnait un volume de Byron, un recueil d’odes de Wordsworth, une œuvre historique de Southey, un essai de Lamb, un hymne de Campbell, une mélodie de Thomas Moore. Le grand foyer fume encore ; mais ceux qui l’ont allumé périssent ou croisent leurs bras. Quand on annonça l’autre jour au vieux Wordsworth la mort de Hogg, berger d’Ettrick, toute cette décadence, ces poètes tombant l’un après l’autre comme les feuilles d’automne sur le chemin, lui apparurent douloureusement. Il trouva dans son émotion une ode pleine de naïveté et de simplicité, consacrée à la mémoire de son ancien ami, homme bon et aimable, commensal de Walter Scott et de Wilson, rustique partisan de la prérogative, agréable narrateur, buveur vigoureux, versificateur facile et naïf :


«  - C’était lui, dit Wordsworth, le berger d’Ettrick, qui me conduisait par la main le premier jour où, descendant de mes collines, je visitai la vallée découverte et stérile, arrosée par la rivière d’Yarrow ;

« — Lui, qui me conduisait encore, le dernier jour où je foulai sur la même rive les bosquets aux feuilles dorées qui couvraient déjà les sentiers d’automne.

« — Ce puissant poète ne respire, plus. Il est couché à jamais au sein des ruines qui s’en vont en cendres. La mort a fermé les paupières