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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/444

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cabinet anglais, le cabinet wigh, le cabinet ne vivant que de la tolérance des radicaux et des Irlandais, briserait son alliance avec la France de juillet pour se faire l’allié, l’ami intime de l’oppresseur de la Pologne, de celui qui enlève à l’église catholique, à l’église d’O’Connel, ses temples et ses ouailles, et qui arrache aux habitans de Cracovie jusqu’à l’ombre de la liberté polonaise !

Enfin l’Angleterre n’ignore pas, l’Europe entière sait que la France sera toujours en état de maintenir ses droits, son rang, sa dignité, et de se rendre redoutable au besoin, et que ce n’est pas elle qui aurait le plus à craindre le jour où les circonstances, où le fait d’autrui la forceraient, bien malgré elle, à chercher des alliés et à se donner de puissans auxiliaires à tout prix.

Aussi y a-t-il, ce nous semble, plus de mauvaise humeur, d’entêtement et d’embarras que d’hostilité dans la conduite du cabinet anglais. On a fait grand bruit du silence qu’il a gardé, dans le discours de la couronne, à l’égard de l’alliance française ; on a voulu y voir une intention malveillante, un procédé discourtois, une annonce indirecte du pacte qui allait être signé avec la Russie. Très probablement, il n’y avait rien de semblable ; nous n’y avons vu qu’un peu de cette gaucherie que donne toujours une situation nouvelle et embarrassée. Le cabinet anglais a été comme ces hommes qui n’ont pas l’esprit prompt et docile, qui ne trouvent le mot propre, la repartie convenable qu’au bas de l’escalier. Allié de la France, il traitait avec la Russie ; il ne savait au juste ni ce qu’il faisait, ni ce qui en résulterait ; à la veille d’une grande lutte intérieure, il avait des ménagemens à garder vis-à-vis de toutes les opinions. Il a pris le parti qui s’offre le premier dans de telles circonstances, le parti de ne rien dire, de laisser chacun interpréter ce silence à sa guise : il ne voulait ni faire à la France un compliment qui aurait pu nous sembler une ruse, ni décourager la Russie par des paroles amicales pour la France, ni lever au milieu des partis un étendard trop vivement coloré ; il a laissé dire aux amis de l’alliance française que le discours ne contenait rien qui lui fût contraire, et au parti russe, s’il y a telle chose en Angleterre qu’un parti russe, que le discours par ses réticences renonçait à l’alliance française. Tout cela n’est pas grand, peut-être même cela n’est pas fort habile ; mais nous sommes persuadés que cela est ainsi, et que notre susceptibilité n’avait pas à s’alarmer du discours de la jeune reine.

Quoi qu’il en soit, la question de l’alliance et la question d’Orient ne sont pas décidées. Le moment de l’action est loin d’être passé ; certes les choses ne sont pas entières, mais rien n’est encore perdu ; c’est sans doute là l’opinion du ministère, puisqu’il s’est décidé à rappeler notre ambassadeur à Londres et à confier ces importantes négociations à M. Guizot.

L’Angleterre, nous le reconnaissons, est placée, pour la question d’Orient, à un point de vue qui lui est particulier. La question commerciale est pour elle la question dominante, une question de vie et de mort. Surchargée d’une population laborieuse dont l’agriculture n’absorbe qu’une faible partie, il lui faut à tout prix avoir de grands marchés ouverts à sa production manufacturière. Le jour où ces marchés lui seraient fermés, ce serait pour elle un jour