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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/442

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sais quels notaires, M. le garde des sceaux veut soulever dans la chambre la question de cabinet pour son compte particulier. Nos paroles pourront être suspectes ; elles pourront même donner à M. le ministre l’envie de s’abstenir. Nous ne le dirons pas moins : cette démarche haute et franche lui est également imposée par l’intérêt du pays et par sa dignité personnelle.

Au surplus, tout annonce à l’avenir une discussion plus vive, une opposition plus franche, des attaques impétueuses et directes. On assure que les armes courtoises seront affilées, et que le combat sera sérieux. Sur le champ de bataille, la position des neutres deviendra difficile, celle du ministère plus difficile encore ; car, tel qu’il est, il prêtera nécessairement le flanc à l’ennemi, qui saura se porter en masse sur les points faibles et y faire brèche.

Parmi les questions pendantes, il en est une qui, secondaire en apparence, ne laisse pas d’avoir une assez grande portée politique et de sérieuses difficultés de discussion. Nous voulons parler de la dotation de M. le duc de Nemours. Qui ne sait les préventions, les préjugés qu’on a eu soin d’inspirer au public contre toute mesure de cette nature ? Ces préventions ne sont pas étrangères à la chambre. Sur neuf commissaires, elle en a nommé trois qui ne paraissent pas disposés à accorder les sommes demandées. Les opposans vont sans doute s’appuyer de l’exemple du parlement anglais, qui vient de réduire de deux cinquièmes les 50 mille livres sterling que les ministres demandaient pour le prince Albert. En dernier résultat, la chambre des députés accordera, nous le croyons, les cinq cent mille francs, mais probablement à la suite d’une discussion fâcheuse, peut-être inconvenante, et qui, au lieu de dissiper les préjugés répandus dans le public, ne sera propre qu’à les répandre encore davantage et à les envenimer. Les critiques tombées de la tribune ont un grand retentissement, et il est si peu d’hommes dont, je ne dis pas l’éloquence, mais l’autorité morale, puisse les repousser avec succès et enlever avec toute la dignité qui appartient à un ministre de la couronne le verdict du pays.

Mais ce qui préoccupe dans ce moment l’opinion publique, nous avons presque dit ce qui l’inquiète, ce qui l’agite, c’est la question étrangère, ce sont les négociations qui ont lieu à Londres entre le cabinet anglais et l’envoyé russe. Il s’est répandu à cet égard des bruits divers ; on a donné les nouvelles les plus contradictoires. Les uns affirmaient qu’un traité avait été signé, ils ajoutaient même qu’il avait déjà été notifié à notre gouvernement, que les parties contractantes nous avaient en quelque sorte mis le marché à la main, et donné à entendre que nous n’avions que deux partis à prendre, y accéder ou nous résigner à voir la question égyptienne tranchée par le sabre russe et le canon des Anglais. Les autres au contraire persistaient à dire que M. de Brunow avait échoué dans toutes ses tentatives, que ses propositions avaient été formellement refusées, qu’en aucun cas le cabinet anglais ne serait assez oublieux des vrais intérêts de l’Angleterre pour conclure avec la Russie un pacte qui pût rompre l’alliance anglo-française.

Nous croyons qu’il y avait exagération dans l’une et l’autre nouvelle. C’était un optimisme par trop crédule que d’imaginer que tout était rompu entre les