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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/416

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n’est pas permis de leur donner le nom de science ; de sorte que si par métaphysique on entend non pas une disposition naturelle, mais une vraie science, on est forcé de répondre que la métaphysique n’est pas. Mais en même temps Kant n’hésite pas à proclamer qu’elle est possible ; il en appelle au besoin éternel de la nature humaine ; il compare la métaphysique à une plante dont on peut bien couper tous les rejetons qui ont poussé jusqu’ici, mais dont on ne peut extirper les racines. Il ne désespère donc point de la métaphysique considérée comme science, mais il la renvoie à l’avenir, et il ne veut qu’en poser les fondemens et en vérifier l’instrument. Cet instrument, c’est la raison pure, avec les puissances qui sont en elle ; ces fondemens, ce sont les jugemens synthétiques à priori que la raison pure développe à mesure qu’elle se développe elle-même. Autant valent et cet instrument et ces fondemens, autant, plus tard, vaudra l’édifice entier.

La Critique de la Raison pure n’est donc, à vrai dire, qu’une introduction à la science. Sa tâche est à la fois très vaste et très bornée : très bornée, car il ne s’agit pas ici des objets de la raison qui sont infinis, mais de la raison seule ; très vaste, car il faut suivre cette raison dans tous ses développemens, pourvu que ces développemens n’aient rien à faire avec l’expérience et avec les sens, et qu’ils conservent ce caractère de pureté qui constitue les jugemens synthétiques à priori. Or, comme il plaît à Kant, dans la langue qu’il s’est faite, d’appeler transcendental ce qui porte le double caractère d’être indépendant de l’expérience et de ne point s’appliquer aux objets extérieurs, il appelle philosophie transcendentale le système parfait de recherches qui porteraient sur la connaissance à priori. Ce qu’il entreprend est un simple essai, une esquisse d’une telle philosophie. — Il reste à faire, dit-il, un novum organum qui ne serait ni celui d’Aristote, ni celui de Bacon, et qui serait l’organum de la raison pure. Cette critique est un canon de ce nouvel organum.

D’ailleurs Kant n’hésite point à le reconnaître : la critique doit être une réforme entière et radicale de la philosophie, et par conséquent celle de l’histoire même de la philosophie, puisque la critique seule peut fournir à l’histoire une pierre de touche infaillible pour apprécier la valeur des systèmes. Sans elle, que peut faire l’historien, sinon de déclarer vaines les assertions des autres, au nom de ses propres assertions qui n’ont pas plus de fondement ?

L’introduction expose clairement les principaux traits de cette branle entreprise. Ce qui y frappe, au premier coup d’œil, comme