Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/409

Cette page a été validée par deux contributeurs.


qu’en exprimant ce rapport vous n’exprimez pas deux connaissances différentes, mais vous présentez deux points de vue ou deux formes de la même connaissance. Quand vous dites : tous les corps sont étendus, comme il est impossible de concevoir la notion de corps sans celle d’étendue, ni celle d’étendue sans celle de corps, vous n’énoncez pas une nouvelle connaissance, vous ne faites que développer celle que vous aviez déjà. Dans ces jugemens vous tirez la partie du tout, vous affirmez le même du même, en vertu du principe de contradiction. Mais il y a une autre espèce de jugemens, des jugemens dans lesquels nous rapportons au sujet un attribut qui n’y était point nécessairement et logiquement renfermé, en sorte que nous n’exprimons plus alors deux points de vue de la même connaissance ou la même connaissance sous deux formes distinctes, mais nous exprimons une nouvelle connaissance, nous ajoutons à la notion du sujet une notion qu’elle ne contenait point. En disant : tous les corps sont pesans, j’affirme du sujet corps un attribut qu’il ne renferme point logiquement. Il ne suffit plus ici d’analyser le sujet pour en tirer l’attribut ; car j’aurai beau décomposer la notion de corps, la notion de pesanteur n’en sortira pas comme partie intégrante. Donc ce rapport n’est pas un rapport d’identité, comme le premier, car un des termes étant donné, l’autre n’est pas supposé nécessairement. Le rapport n’étant plus le même, le jugement qui l’exprime n’est donc plus de la même espèce que ceux dont nous avons parlé tout à l’heure.

Kant exprime cette distinction en appelant analytiques les jugemens qui affirment le même du même, parce qu’en effet il suffit d’analyser un des termes du rapport qu’ils expriment, pour en tirer l’autre terme, et pour avoir par conséquent et le rapport et le jugement, expression du rapport ; et il appelle synthétiques les jugemens qui affirment d’un sujet un attribut qui n’y est pas contenu logiquement, parce que, pour trouver le rapport, il ne s’agit plus d’analyser un des termes, mais il faut joindre ensemble deux termes logiquement indépendans, et faire par conséquent un assemblage, une synthèse de deux notions auparavant isolées (analytischer und synthetischer Urtheile).

Pour marquer plus fortement encore la différence de ces deux jugemens et les caractères auxquels on peut reconnaître chacun d’eux, Kant leur impose aussi d’autres noms également significatifs. Comme les jugemens analytiques ne font que développer, expliquer, éclaircir une connaissance que nous avions déjà, sans y rien ajouter réellement, il les appelle jugemens explicatifs. Comme, au