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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/403

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Kant avoue qu’une telle méthode pourra bien renverser tous les dogmatismes, qui, selon lui, ne sont pas autre chose que des hypothèses de la raison agissant à l’aventure et sans la critique préalable d’elle-même. Oui, dit-il, la critique détruira beaucoup d’argumens célèbres ; mais elle y substituera d’autres argumens inébranlables, parce qu’ils seront fondés sur les lois mêmes de la raison. Et il indique les argumens en faveur de l’existence de Dieu, de la liberté, de l’immortalité que donnait l’ancienne métaphysique, et ceux que la nouvelle mettra à leur place ; il soutient que la critique peut bien nuire au monopole de l’école, mais non pas à l’intérêt du genre humain, puisqu’elle-même répare les ruines qu’elle opère. Ici, nous ne contesterons rien d’avance à Kant, mais nous ne lui accorderons rien, et nous faisons toutes nos réserves, non pas en faveur du monopole des écoles, mais en faveur des argumens qu’elles emploient depuis deux mille ans, et qui ne sont peut-être pas aussi vains que Kant le suppose. C’est à la fin de la Critique qu’il convient d’ajourner cette discussion, et nous n’avons signalé les prétentions de Kant à cet égard que pour montrer l’étendue et la hardiesse de son dessein. Les deux préfaces que nous venons d’analyser indiquent ce dessein de la manière la plus générale ; l’introduction le fera connaître avec tout autrement de profondeur et de précision.


II.

Il faut le dire : ici commencent les difficultés d’une exposition à la fois fidèle et claire des idées de Kant. L’introduction est déjà hérissée d’une foule de distinctions, fines et vraies, mais subtiles en apparence, exprimées avec une brièveté quelquefois énigmatique et dans un langage qui, par sa sévérité et sa bizarrerie, rappelle trop souvent la scholastique.

Voici la première distinction qui, pour n’être jamais nettement dégagée et exprimée dans l’introduction, la domine et sert de fondement à la Critique de la Raison pure.

Dans toute connaissance réelle, il y a deux points de vue qu’on ne peut pas confondre. Par exemple, prenez cette proposition : ce meurtre qui vient d’avoir lieu suppose un meurtrier ; quels sont les élémens dont se compose cette proposition évidente par elle-même ? Il y a d’abord l’idée particulière d’un certain meurtre commis dans telle ou telle circonstance, avec tel ou tel instrument déterminé ; il