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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/383

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est moralement certain, les mœurs de la Corse étant connues, qu’il s’y commettra cette année un certain nombre d’assassinats. Est-ce à dire que les assassins soient innocens à nos yeux ?

On se tromperait également si on croyait que nous voulons faire à M. Droz un reproche du point de vue où il s’est placé. Ce n’est pas là notre pensée. Au fond, notre manière de voir diffère peu. Nous croyons que les hommes et les choses de 1789 étant donnés, nul ne pouvait gouverner la révolution et en prévenir les écarts. M. Droz ne dit pas précisément le contraire ; mais il reproche avec raison aux hommes leurs erreurs et leurs passions ; il prouve que s’ils avaient été autres qu’ils n’étaient, les choses auraient pu suivre un autre cours, que rien dans les choses elles-mêmes ne s’y opposait invinciblement. C’est, en effet, à nous-mêmes, aux vices de notre éducation, aux dérèglemens de nos passions, aux travers de notre esprit qu’on doit imputer tout ce que les réformes sociales entraînent avec elles de crimes et de malheurs. Les hommes de 1789 n’ont pas fait ce qu’ils devaient, et par là ils n’ont pas évité les maux qui pouvaient être évités. Nous sommes d’accord sur ce point. Seulement M. Droz paraît croire que ces hommes n’ont pas voulu ce qu’ils avaient le pouvoir de faire ; nous, nous penchons à croire que cette puissance leur manquait, parce qu’ils n’avaient pas voulu l’acquérir en éclairant davantage leur esprit, pour arriver ensuite sur la scène du monde avec une intelligence plus développée et des sentimens plus élevés.

Quoi qu’il en soit, nous rendons grace à M. Droz du plan qu’il a adopté, du point de vue où il a placé son lecteur. C’est un service rendu à la morale publique et à la cause sacrée du progrès. Il importe de prouver aux ennemis de la liberté qu’en voulant l’étouffer, ils l’irritent et la rendent furieuse ; à ses amis, qu’elle peut toujours être maîtresse d’elle-même, modérer son action, vaincre, non sans effort, mais sans colère ; que la violence la déshonore, que les emportemens la tuent. Il importe de persuader aux peuples que le crime n’est jamais une nécessité, et que les révolutions légitimes dans leur principe, mais excessives ou iniques dans leurs moyens, n’ont pu atteindre qu’après de longs circuits le but qu’elles avaient sous la main. Il importe également de faire voir aux hommes du vieux temps qu’une résistance opiniâtre, absolue, est aussi mal fondée dans ses prétentions, que funeste à eux-mêmes par ses conséquences.

Le livre de M. Droz est un haut enseignement, d’autant plus opportun