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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/379

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de haine. Ce n’était pas M. Thiers qui pouvait tomber dans l’erreur vulgaire de croire la révolution accomplie avant que la pensée motrice en fût réalisée. M. Mignet terminait également en signalant, en Europe, la guerre de la sainte-alliance contre les peuples, en France, le gouvernement d’un parti contre la charte, mouvement rétrograde, disait-il, qui doit avoir son cours et son terme.

C’est après la crise de 1830 que les esprits sérieux ont pu regarder la révolution comme un fait complet, achevé. On peut aujourd’hui en écrire l’histoire sans les inquiétudes d’une lutte toujours indécise, sans les ressentimens de la défaite ou les enivremens de la victoire. Et voici en effet un écrivain des plus distingués, et un ami sincère d’une liberté régulière, qui nous apporte le fruit de ses longues et patientes recherches, et d’un travail soigné et consciencieux.

M. Droz aurait pu aujourd’hui concevoir la période de 1789 à 1830 comme un tout, comme un problème posé et pleinement résolu. Ce vaste thème n’aurait pas été au-dessus de ses forces, je le dis avec une pleine conviction, et j’ajoute avec la même franchise que je ne l’aurais pas dit avant la publication des deux volumes que j’ai sous les yeux. M. Droz avait fait paraître des ouvrages dignes d’estime ; mais les sujets qu’il avait traités ne lui avaient pas donné l’occasion de nous montrer des études aussi profondes, des vues si élevées, un jugement si ferme, un sens politique si exquis et si juste. Empressons-nous d’ajouter que si M. Droz n’a publié son Histoire de Louis XVI qu’en 1839, il avait formé le projet de l’écrire déjà en 1811, et qu’il s’était dès-lors journellement occupé des recherches qu’elle rendait nécessaires. Mais au lieu d’embrasser la période entière, M. Droz a préféré se renfermer dans des limites beaucoup plus étroites. Il s’est placé à un certain point de vue, partiel, incomplet en apparence, et qui cependant présente à l’œil de l’observateur attentif un tout, un ensemble qui renferme pour les peuples un haut enseignement historique. Qu’on nous permette d’expliquer notre pensée.

M. Droz laisse dans les affaires de la vie une large part à la liberté humaine. Il croit aux résolutions de l’homme plus qu’à la force des choses, et ne voudrait point, par une sorte de fatalisme historique, décharger les nations et les gouvernemens de toute responsabilité morale. Cette question : la révolution française pouvait-elle être prévenue et dirigée ? M. Droz la suppose résolue affirmativement dans tous les esprits. Ce n’est pas même une question à ses yeux ; aussi a-t-il intitulé son livre : HISTOIRE DU REGNE DE LOUIS XVI PENDANT