Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/376

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mieux avisée, a répondu : « Après l’égalité et la gloire, la liberté ! » Et il en est ainsi.

A la restauration, le cycle paraissait accompli par l’octroi de la charte, qui fondait et organisait la monarchie représentative. C’était encore une apparence trompeuse. La France ne croyait pas aux promesses constitutionnelles de la vieille dynastie ; la vieille dynastie ne comptait guère sur l’attachement et la fidélité de la France. Ces opinions auraient été fausses, que l’erreur aurait suffi pour empêcher l’alliance de la vieille royauté avec la France nouvelle. Mais en réalité nul ne se trompait. Les Bourbons détestaient la charte, et le pays n’aimait point les Bourbons. Il aurait fallu des trésors de sagesse, des miracles de prudence, pour changer la situation naturelle des choses et des hommes ; sagesse et prudence qu’on ne devait attendre ni des hommes qui n’avaient rien appris et rien oublié, ni du pays qui, lui aussi, n’avait rien oublié, tout en ayant en même temps beaucoup appris. De là cette loi de l’histoire que les faits ont désormais suffisamment confirmée : les restaurations sont impossibles. Entre le pays, que la révolution a fait avancer à pas de géans, et l’émigration nécessairement rancunière et stationnaire, il se creuse un abîme infranchissable et que rien ne peut combler. Au fait, la France n’avait point obtenu ce qu’elle voulait, je veux dire une monarchie représentative, franchement établie et solidement garantie. Le France n’était pas satisfaite, et la révolution continuait. En accusant le pays d’être toujours révolutionnaire, la restauration ne le calomniait point ; mais, pour dire toute la vérité, elle aurait dû reconnaître en même temps que l’esprit révolutionnaire avait été entretenu, malgré la France, par le préambule hautain et impolitique de la charte octroyée, et par le fameux article 14 fatalement illustré et commenté, même avant les ordonnances, par les étranges doctrines de l’émigration et les témérités du pouvoir.

Ainsi la révolution de 1830 n’a été ni un accident, ni un fait isolé ; elle n’a été que la continuation et l’achèvement de la grande révolution. Il fallait à la France une monarchie représentative, garantie par une nouvelle dynastie, et une charte qui fût un pacte librement consenti. C’est du jour où la déclaration du 7 août 1830 lui a donné l’une et l’autre, que la révolution a réellement achevé sa carrière. Aussi le pays a-t-il fermé l’oreille aux provocations et repoussé les tentatives de ceux qui prétendaient dépasser le but déjà atteint. Il y a plus, la France, sa grande tâche une fois accomplie, est évidemment