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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/364

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et je viens te demander la liberté de mon pays. — Roger jeta un regard rapide autour de lui, et vit qu’il était seul ; il était nu et sans armes, mais d’une force herculéenne et d’un trop grand courage pour être effrayé. — Quel est ton nom, dit-il à l’inconnu, et qui t’a chargé d’une semblable mission ? — Je m’appelle Pietro Alferio ; je suis le cinquième de six frères décidés tous comme moi à rester libres ou à mourir, et qui m’ont choisi cette fois comme le plus brave. — Eh bien ! Pietro Alferio, s’écria Roger en bondissant d’une façon terrible et en saisissant son adversaire à la gorge et lui arrachant sa hache ; eh bien ! va dire à tes cinq frères et à tes concitoyens que Roger tout nu et dans son sommeil a su terrasser le plus brave des citoyens d’Almafi ; dis-leur aussi qu’ils fassent leur soumission, et ils n’auront pas plus à se repentir du passé que toi d’avoir osé réveiller le roi Roger.

Le lendemain Amalfi ouvrit ses portes. Roger reconnut, en effet, par une honorable capitulation, le droit qu’elle avait de se gouverner d’après ses lois municipales, l’incorporant toutefois à sa nouvelle monarchie, et ajoutant à ses autres titres celui de duc d’Amalfi [1].


VI – LES PISANS SACCAGENT AMALFI ; DECADENCE DE CETTE VILLE.

La conquête d’Amalfi devait entraîner celle de Naples sa voisine ; elle causa un tel effroi à Sergius, son duc, qu’il s’empressa de se rendre à Salerne et de remettre entre les mains de Roger les clés de sa ville, se déclarant son vassal ; mais cet acte d’humilité ne le sauva pas. Roger voulait être roi à Naples comme il l’était à Salerne, à Sorrente et à Amalfi. Les Napolitains avaient imprudemment donné asile au prince Robert de Capoue, son compétiteur ; Roger leur reprocha cette conduite équivoque, et vint mettre le siège devant leur ville. Roger, pour soumettre Naples, avait requis la flotte et les milices d’Amalfi, qui ne le secondaient qu’en frémissant. Sergius, duc de Naples, s’il eût été plus habile, eût pu détacher les Amalfitains de la cause du roi, et trouver en eux des amis et peut-être des auxiliaires ; loin de là, il arma contre eux la rivalité des Pisans, ses alliés, et s’en fit des ennemis irréconciliables.

Depuis long-temps les Pisans nourrissaient le désir d’écraser des concurrens préférés, et qui les avaient devancés sur tous les marchés de l’Orient ; ils savaient qu’une fois les Amalfitains détruits, ils hériteraient de leur opulente et nombreuse clientelle ; leurs passions haineuses et jalouses n’avaient donc pas besoin d’être stimulées, elles n’attendaient qu’une occasion pour éclater et se satisfaire ; cette occasion se présentait enfin, et ils la saisirent avec empressement. Les consuls de Pise, Alzopardo et Cane, avaient amené au secours de Naples une flotte de cent galères. Trouvant le port de Naples bloqué par les vaisseaux d’Amalfi, et apprenant que les milices de cette ville étaient en quartier à Aversa,

  1. Chron. Cavens. — Anonym. Cassinens. — Capecelatro, Istor. del Regno di Napoli, tom. II, pag, 5.-Falco, Chron. Benevent., an. 1130.