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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/311

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état de béatitude. La commotion politique qui ébranla la France se fit sentir jusqu’à l’extrémité du Nord. Les hommes attachés opiniâtrement à un ordre de choses stationnaire, qu’ils auraient voulu rentre immuable, eurent peur, et les néophytes du progrès conçurent quelque espoir. En Danemark comme en Allemagne, tous ceux qui sentaient le besoin d’une réforme comprirent que le moment était venu de la demander, et cherchèrent à se créer un organe pour exprimer leurs vœux et soutenir leurs prétentions.

Il y avait alors dans la capitale du royaume un assez mauvais journal littéraire intitulé : la poste de Copenhague, fondé depuis cinq ans et rédigé par des étudians qui y faisaient imprimer sans beaucoup de réserve toutes les fantaisies sérieuses et plaisantes de leur fantaisies de leur imagination. L’éditeur, éclairé tout à coup par le rayon de feu des barricades, pensa qu’il pouvait faire de son journal quelque chose de mieux qu’un recueil d’anecdote et de madrigaux. Un jeune homme intelligent et hardi, M. Lehmann, lui donna des articles politiques qui eurent du succès. Cette première tentative en amena d’autres. Peu à peu la Poste de Copenhague se lança dans une nouvelle voie et finit par quitter le champ pacifique de la poésie pour l’arène politique. En 1834, elle paraissait quatre fois par semaine ; en 1835, elle parant tous ses jours et passa sous la direction de M. Gioedvad. De cette époque date sa véritable importance.

Ce journal n’a pas le droit de s’occuper de nouvelles étrangères, et il ne peut être expédié au dehors qu’une fois par semaine ; mais cette entrave n’a point paralysé son zèle, et la loi qui limite ses sujets de discussion n’a servi qu’a lui donner une spécialité qui de jour en jour devient plus redoutable. Il est alerte, actif, courageux. Il ressemble à une sentinelle vigilante toujours debout sur le rempart, toujours prête à jeter le cri d’alarme à la moindre apparence de danger. Dans l’espace de quelques années, il a fait ce que nul journal n’avait encore osé faire en Danemark. Il a signalé à différentes reprises les lacunes ou les vices du système administratif, dévoilé maint abus, et prouvé catégoriquement la nécessité de mainte réforme. Il est le premier enfin qui ait eu le courage d’arborer l’étendard de l’opposition, qui ait offert un pont de ralliement à tous les hommes déjà préparés à la lutte constitutionnelle, et qui n’attendaient plus qu’un organe pour se prononcer. Les fonctionnaires le craignent, et cette crainte augmente son succès. Ce n’est pas le journal qui a le plus d’abonnés, mais c’est de tous celui qui est le plus avidement lu par la bourgeoisie, et dans les divers procès qu’il a eu à soutenir, le peuple lui a donné des preuves non équivoques de sympathie. En 1837, il publia un article dans lequel il retraçait d’une manière énergique toutes les promesses auxquelles le gouvernement avait successivement manqué. Le roi avait promis de convoquer les états provinciaux pour le 1er octobre, et cette convocation semblait indéfiniment ajournée. Il avait promis de rendre public l’état des recettes et des dépenses, et on n’avait encore à cet égard que de vagues aperçus. Enfin, il avait promis d’employer chaque année un million d’écus à l’amortissement de la dette, et cette dette, au lieu de diminuer, ne faisait que s’accroître. Traduit pour cet article, il fut acquitté en première instance, et condamné par la cour