Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/308

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


journal des nouvelles politiques sans un privilège spécial du roi. En 1818, une troisième ordonnance interdit aux feuilles périodiques toute attaque contre une puissance étrangère, et défend jusqu’à la reproduction d’un article satirique écrit dans une autre langue et dans un autre pays.

Par suite de cette ordonnance, on vit apparaître en Danemark deux classes de journaux. Les uns obtinrent le privilège de publier les nouvelles étrangères en se soumettant à la censure ; d’autres, ne pouvant obtenir ce privilège, ou ne voulant pas se courber sous le poids de la censure, se résignèrent à laisser de côté la politique étrangère.

Un autre règlement entrave la circulation des journaux. Ils ne peuvent être expédiés par la poste aux lettres, qui part chaque jour, mais seulement une fois par semaine, par le pakkepost, autrement dit le fourgon, qui porte les marchandises et les bagages [1]. II y en a même à qui la loi refuse ce modeste privilège de voyager par le fourgon, et qui ne peuvent être expédiés que par des occasions particulières. Tous sont cependant soumis à un énorme droit de aposte, qui se règle, non point d’après l’étendue ou le volume du journal, mais d’après le prix de l’abonnement. Aussi les abonnemens dans la province n’offrent-ils qu’un très faible avantage à l’éditeur d’une feuille périodique, car c’est lui-même qui paie les frais de poste. L’éditeur de la Kiœbenhavnspost, par exemple, reçoit pour chaque abonnement de Copenhague dix écus par an ; pour ceux du dehors, il n’en reçoit que six ; la poste en prend elle-même six et demi.

Dans un pays de commerce maritime comme le Danemark, dans une grande capitale comme Copenhague, les annonces pourraient très facilement servir à accroître la recette des journaux ; mais elles ont été monopolisées. Un des officiers du palais obtint un jour le privilège d’établir à Copenhague des chaises à porteur. Pour additionner ses recettes et ses dépenses, il prit un secrétaire, et, pour occuper les momens de loisir de ce secrétaire, il obtint le droit exclusif de fonder un journal d’annonces. Bientôt le privilège des chaises à porteurs devint nul, car on ne se servait plus que de voitures ; celui du journal d’annonces, au contraire, se vendit comme une bonne et féconde propriété.

  1. La même loi qui interdit la circulation quotidienne des journaux danois impose aussi des bornes à celle des journaux étrangers. Les nôtres ne parviennent à Copenhague qu’en vertu d’une permission spéciale, et le tableau de ceux qu’on peut recevoir chaque jour, et de ceux qui ne sont autorisés à entrer en Danemark qu’une fois par semaine, présente de singulières anomalies. Le Messager des Chambres, par exemple, obtint sa libre entrée à l’époque où il était ministériel ; il s’est rangé depuis dans le parti de l’opposition, et il a gardé son privilège que d’autres feuilles aujourd’hui ministérielles n’ont pas. L’Angleterre est le seul pays avec lequel tous les échanges de journaux soient parfaitement libres. On peut expédier chaque matin, du Danemark, les feuilles de l’opposition pour Londres, et on ne peut pas les expédier pour la ville la plus voisine de Copenhague. Du reste, les envois de journaux par la poste sont fort chers. Le Journal des Débats coûte à Copenhague 175 francs.