Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/292

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Laisse à tes pieds rouler la torche incendiaire,
Le vent éteindre ses éclats.
Le crime suspendu sur tes tempes funèbres,
Et plus noir que l’oiseau des nuits,
Peut regagner encor ses épaisses ténèbres,
Rentrer dans les enfers sans bruits.
Arrête, arrête, infame ! il en est temps encore :
Ne force pas une cité
A voir, avant le jour, une sanglante aurore
Briller sur son front agité.
Ne fais point qu’en ses murs la terreur souveraine
Traîne ses sandales d’airain,
Et que, d’un œil hagard, toute la foule humaine
Cherche en vain son temple demain.
Une ville sans temple est une solitude,
Un désert immense, odieux ;
Et rien n’est malheureux comme une multitude
Qui vit sans autels et sans dieux.

EROSTRATE


O femme ! il est trop tard pour empêcher la flamme ;
Le ciel s’est tout entier retiré de mon ame,
Et mon ame aujourd’hui ne pense qu’à s’ouvrir
Un chemin lumineux aux champs de l’avenir.

LA BEAUTE


Ah ! si la Piété sainte
Par ses gémissemens ne sait pas te toucher ;
Si les cris du respect et tous ceux de la crainte
Se brisent sur ton cœur comme sur un rocher ;
Grace pour la Beauté, fille de l’Harmonie !!

EROSTRATE