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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/291

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Réveiller tous les dieux comme au bruit du tonnerre,
Jusqu’au fond de son cœur épouvanter la terre,
Et sur l’éternité, comme au haut d’un fronton,
Avec des clous d’airain fixer mon large nom !
Et je craindrais le bruit… Quoi ! de la tourbe humaine,
Des peuples ignorans la clameur incertaine,
Les malédictions des pontifes menteurs,
Et tout le vain fracas qui suit les destructeurs…
Ah ! tous ces bruits ne sont qu’une pâle fumée
Capable d’arrêter une ame mal armée
Et la mienne est trop forte, et puis il faut finir
Ces terreurs dont la mort vient toujours m’assaillir.
Le sort en est jeté : marchons au sacrifice !
O vents ! éveillez-vous ; de votre aile propice
Secourez l’incendie en ses sombres élans ;
Car ce rameau de pin qui, dans mes doigts tremblans,
Consume avec lenteur sa robe de résine,
Va, comme le porteur de la foudre divine,
L’aigle au bec flamboyant, aux ongles lumineux,
S’abattre sur le temple et l’inonder de feux.

(Au moment où il franchit les premiers degrés du temple, trois femmes en descendent et le font reculer. )


Mais que vois-je ? grands dieux ! on dirait trois statues,
Qui, de leur piédestal tout à coup descendues,
S’élancent du lieu saint et semblent vouloir fuir
Le terrible fléau prêt à les engloutir.

LA PIÉTÉ.


Il en est temps encore, ô jeune téméraire !
Arrête-toi, ne monte pas ;