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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/290

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Et toujours me remplit l’ame du noir désir
De voir le vieux Vulcain dans ses bras le saisir.
Toujours le temple est là qui brille sur ma tête ;
Toujours mon œil ardent se tourne vers son faîte ;
Et le bois résineux qui fume dans ma main
Toujours d’un feu plus vif éclaire mon chemin.
O vision constante ! éternelle pensée !
Ainsi qu’une couleuvre à mon ame enlacée,
Qui l’enserre et lui tient plus invinciblement
Que le lin vénéneux du fatal vêtement
Qui recouvrit jadis les épaules d’Hercule !
O poison de mon cœur ! ô venin qui me brûle
Plus que le corps puissant du rejeton des dieux !
Pour éteindre à jamais tes élans douloureux,
Je vais te préparer un nouveau lit de flamme,
Et peut-être qu’alors tu quitteras mon ame ?
Qui pourrait m’arrêter ? L’homme et les animaux
Dans les bras du sommeil ont oublié leurs maux ;
Les dieux même étendus sur leur couche embaumée
Respirent les pavots de la nuit enflammée :
La lune dans les airs orageux et brûlans
Ne guide point encor ses jeunes taureaux blancs,
Le silence est partout, sur la terre et sur l’onde ;
Et tout autour de moi l’obscurité profonde
Rend le sol montueux, les arbres, le gazon,
Plus noirs que les bosquets des jardins de Pluton.
Nul astre dans les cieux qui luise et me contemple ;
Nul mortel qui se tienne à la porte du temple ;
Et moi, seul devant lui, comme un dieu souverain,
Prêt à le foudroyer des lueurs de ma main.
Quel sublime moment ! quelle énorme puissance !
Moi, créature humaine et de faible existence,
Rien qu’avec un charbon, un mouvement de bras,
Je puis mettre d’un coup une merveille à bas,