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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/241

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entendue de toute la flotte, il commença une exhortation prophétique, engageant ses anciens compagnons à combattre avec courage, et leur promettant la victoire, car cette nuit même il avait eu une vision : l’Archange Michel lui était apparu et lui avait annoncé que ses compatriotes triompheraient de leurs ennemis ; il acheva en bénissant chacune des galères de la flotte, à mesure qu’elles défilaient devant son rocher, et rentra dans sa caverne [1].

Cette apparition et l’oracle que le solitaire venait de prononcer enflammèrent tellement le courage des soldats de Moncade, que tous demandèrent le combat à grands cris. L’amiral se hâta donc de cingler vers Amalfi, où l’on apercevait les voiles de la flotte de Doria, qui croisait aux environs du cap du Tombeau. La journée était déjà avancée quand les galères de Moncade vinrent l’assaillir.

Doria laissa arriver l’amiral espagnol jusqu’à portée de sa mousqueterie ; il se hâta alors de faire feu le premier. Sa décharge tua quarante hommes sur le navire de Moncade, et comme le vaisseau génois se trouvait enveloppé de sa propre fumée, il reçut la bordée de l’espagnol sans en éprouver de grands dommages. Moncade, cependant, ne perdit pas courage, il commanda l’abordage ; mais les galères de Doria, manœuvrées par d’excellens matelots, l’évitèrent adroitement, et les arquebusiers qui les montaient dirigèrent du haut des huniers, sur le pont des navires espagnols, le feu le plus meurtrier ; toutefois, deux galères génoises, serrées de près par trois galères impériales, étaient sur le point de se rendre, quand Doria fit à Lomellino le signal convenu. Celui-ci, profitant du vent favorable, fondit sur la flotte de Monade, et le choc de sa galère, qui s’attaquait au vaisseau amiral, fut si terrible, que le grand mât de ce navire fut brisé du coup. Moncade, blessé au bras droit, restait sur le pont pour exhorter ses soldats ; les Génois l’écrasèrent sous une grêle de pierres et d’artifices qu’ils lancèrent du haut des mâts ; il rendit le dernier soupir comme son vaisseau fracassé coulait à fond. La galère que commandait César Fieramosca, un de ses meilleurs officiers, sombra également ; toutes les autres furent prises, à l’exception de deux seulement qui, voyant mal tourner l’affaire, avaient quitté le champ de bataille. Ces deux galères s’étaient réfugiées à Naples, mais le prince d’Orange, qui commandait dans cette ville, ayant fait pendre le capitaine de l’une d’elles, l’autre remit sur-le-champ à la voile et se livra aux Génois. Les Espagnols perdirent dans cette affaire leur amiral et leurs plus braves officiers ; en dépit des prédictions de l’ermite de Caprée, la victoire des Français fut complète. Le corps du vice-roi, Hugues de Moncade, fut retrouvé par des pêcheurs d’Amalfi, qui le déposèrent dans une église de leur ville. Plus tard ses compatriotes le transportèrent à Valence.

Ce combat du cap du Tombeau se donna le 1er mai 1528, il y a plus de trois siècles de cela ; les pêcheurs de la côte assurent que de temps à autre la mer rejette encore sur le rivage des débris des galères espagnoles coulées à fond à peu de distance du promontoire.

  1. Des historiens ont prétendu que cette comédie de la bénédiction était convenue avec Moncade.