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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/228

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vouloir construire un édifice social, et foulaient aux pieds tous les principes connus des sociétés ; ils se proclamaient religieux, et proscrivaient toutes les traductions historiques de l’idée religieuse. D’aussi monstrueuses erreurs ne peuvent être sincères qu’une fois. Les premiers, les vrais jacobins croyaient à leurs propres extravagances ; mais ceux qui vinrent après, ceux qui veulent encore aujourd’hui continuer cette funeste école, n’ont plus même l’excuse du premier entraînement. Or, si le fanatisme est hideux, que penser de l’hypocrisie qui veut contrefaire le fanatisme, et que dire de ceux qui prêchent d’effroyables erreurs dont leur raison pénètre elle-même le néant ?

M. Buchez est d’avis que, si les jacobins eussent pu disposer d’une publicité mieux organisée, ils auraient été jugés avec moins de défaveur. « Ce fut un grand malheur, dit-il, qu’au lieu de ces milliers de factums de brochures et de pamphlets, forme de publicité décriée par l’usage qu’on en avait fait sous les deux derniers règnes ; qu’au lieu de cette correspondance entre les clubs, moyen tout spécial, nécessairement réduit aux proportions de l’affiliation, nécessairement rétréci par l’esprit de corps qu’au lieu de ces quelques feuilles périodiques qui venaient de loin en loin traiter, pour un petit nombre de lecteurs, des points ardus de la science sociale, les chefs des jacobins ne songeassent pas à fonder dès 1791, et dès qu’ils virent la constituante manquer la révolution, un grand journal quotidien d’où ils pussent parler à la France entière [1]. » On trouve dans ces lignes le point de vue d’où M. Buchez a jugé la révolution entière. Selon lui, la constituante n’a pas eu l’intelligence de notre régénération commencée en 1789 : les jacobins. l’eurent davantage ; mais l’absence d’une vaste publicité, le mélange inévitable pendant un moment des jacobins avec les hébertistes, ont à la fois dénaturé leur influence et dérobé à l’histoire la pureté de leurs intentions.

La philosophie de M. Buchez consiste toute entière dans une nouvelle interprétation de l’Évangile : selon lui, tout l’enseignement du Christ, qu’on a cru adressé à l’homme individuel, doit être appliqué à l’homme social. La révolution, à ses yeux, est en principe la réalisation de la morale chrétienne. Cette morale a pour fondement la révélation, et, si l’on ne croit pas à la révélation, on ne croit à rien. Jésus-Christ affirma qu’il était le fils de Dieu fait homme, et qu’il venait sceller de son sang la nouvelle qu’il nous apportait de la part

  1. Histoire parlementaire, tom. XXVII. Préface.