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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/227

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faisaient partie du peuple, elles seraient plus puissantes que lui. Les autorités ne peuvent affecter aucun rang dans le peuple. Elles n’ont de rang que par rapport aux coupables et aux lois ; un citoyen vertueux doit être plus considéré qu’un magistrat… Lorsqu’on parle à un fonctionnaire, on ne doit pas dire citoyen ; ce titre est au-dessus de lui. » Il n’est pas mauvais de rencontrer ici élevés à leur plus haute puissance les préjugés contre les fonctionnaires publics ; ces préjugés se trouvent ainsi confondus par l’absurde. Continuons : « L’opulence est une infamie… Il ne peut exister de peuple vertueux et libre qu’un peuple agriculteur… Un métier s’accorde mal avec le véritable citoyen ; la main de l’homme n’est faite que pour la terre ou pour les armes. » Que devient alors la liberté moderne, qui compte parmi ses plus puissans leviers le commerce et l’industrie ? Le libre exercice des facultés de l’individu n’est pas moins méconnu : « Tout propriétaire qui n’exerce point de métier, qui n’est point magistrat, qui a plus de vingt-cinq ans, est tenu de cultiver la terre jusqu’à cinquante ans. Tout propriétaire est tenu, sous peine d’être privé des droits de citoyen pendant l’année, d’élever quatre moutons en raison de chaque arpent de terre qu’il possède. L’oisiveté est punie, l’industrie est protégée… Tout citoyen rendra compte tous les ans, dans les temples, de l’emploi de sa fortune. » Dans l’utopie de Saint-Just, les temples publics sont ouverts à tous les cultes, qui sont également permis et protégés ; mais, dans aucun des engagemens civils, les considérations du culte ne sont permises, et tout acte où il est parlé de culte est nul. Le peuple français reconnaît l’Être suprême et l’immortalité de l’ame. Les premiers jours de tous les mois sont consacrés à l’Éternel : on y célèbre tour à tour la nature, le peuple, la jeunesse, le bonheur, la vieillesse, le travail, etc. » Nous finirons ces citations par une pensée originale. « Le concours pour le prix d’éloquence n’aura jamais lieu par des discours d’apparat. Le prix d’éloquence sera donné au laconisme, à celui qui aura proféré une parole sublime dans un péril. »

Les Fragmens sur les Institutions républicaines sont le testament le plus authentique des théories du jacobinisme. On y trouve, exprimé dans toute sa franchise, le désir insensé de séparer la cause de la révolution française des principes même de la civilisation européenne. L’explication de ce délire est, s’il est permis de le dire, dans sa naïveté. Il a été un moment où l’esprit de quelques hommes a été la proie d’un vertige fatal qui les a emportés loin de la réalité, loin de l’histoire et de toutes les conditions du possible. Ils disaient