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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/166

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les haches, les ciseaux. Un homme à cheval lui paraissait une merveille ; on voulut la lui expliquer par sa propre expérience, mais l’initiation fut si malheureuse, qu’il y renonça. A Liverpool, un peintre demanda à faire son portrait. Il s’y prêta, et n’y mit qu’une condition, celle de reproduire fidèlement son tatouage. Il disait à ce sujet : — L’homme d’Europe trace son nom avec une plume ; Toupe porte son nom écrit sur son visage.

Les Zélandais que l’on vient de citer ne sont pas les seuls qui aient voulu s’instruire au spectacle de la civilisation européenne. D’autres guerriers importans, d’autres chefs de tribus, ont paru dans nos contrées, et récemment encore un baleinier du Hâvre amenait en France deux Zélandais que l’Angleterre a accueillis et utilisés à notre refus. Ces émigrations sont devenues si fréquentes, qu’elles ont perdu leur premier intérêt de curiosité. Tantôt la société des missions expédie à Londres de jeunes sujets que l’on forme pour le sacerdoce et qui succombent presque tous sous l’influence du climat ; tantôt des individus isolés s’embarquent sur des baleiniers, et, en retour d’un apprentissage bien incomplet, se dévouent aux plus répugnans services. Pour satisfaire cette soif de connaître, l’un des personnages les plus influens de l’île du Nord n’a pas craint naguère de s’enrôler comme cuisinier à bord d’un navire marchand. Ce même instinct a poussé d’autres chefs à s’assurer, tantôt par la ruse, tantôt par la violence, de quelques matelots européens dont ils se sont fait de redoutables auxiliaires.


IV – EUROPEENS NATURALISES DANS LA NOUVELLE-ZELANDE.

Le premier Européen qui se fixa sur ces îles fut l’Anglais Bruce, qui consentit à se laisser tatouer, et épousa, en 1805, la fille d’un chef. II vivait heureux au sein de sa nouvelle famille, quand un de ses compatriotes, capitaine de marine, l’enleva, lui et sa femme, et vendit cette dernière comme esclave dans une île de la mer des Indes. Bruce parvint cependant à gagner Calcutta, où sa jeune compagne put le rejoindre un peu plus tard ; mais ni l’un ni l’autre ne revirent la Nouvelle-Zélande.

De toutes les aventures, de ce genre, la plus dramatique et la plus romanesque est celle du matelot anglais Rutherford. Il servait sur l’Agnès, brick américain, quand celui-ci laissa tomber l’ancre au fond d’une baie de la Nouvelle-Zélande qu’on croit être celle