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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/155

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de reconnaissance. Explorée par eux, la Nouvelle-Zélande appartint à la science européenne. Cook en assura la configuration et la compléta dans trois voyages successifs. L’ethnographie, l’histoire naturelle de ces contrées, furent fixées avec autorité, avec certitude. Dès-lors, l’identité de cette race avec la famille de Taïti et des Sandwich fut soupçonnée et dénoncée. C’était la même constitution physique, seulement plus martiale, plus riche, plus vigoureuse. Chez les uns comme chez les autres, la coutume du tatouage, blason vivant de l’individu, sillonnait désagréablement les chairs et dénaturait l’harmonie des lignes. C’était aussi la même souplesse de formes, la même dignité et la même fierté dans le maintien. Les chefs portaient d’élégantes nattes de phormium, espèce de lin soyeux et lustré, particulier à la Nouvelle-Zélande. Ces nattes, qui ressemblaient à de longues chapes, leur recouvraient le buste et descendaient jusqu’à mi-jambe. Les cheveux, relevés à la japonnaise sur le sommet de la tête, étaient, chez quelques-uns, ornés de plumes flottantes d’oiseaux de mer. Les femmes avaient moins de distinction dans le type que les hommes : courtes, ramassées, elles n’étaient jolies que par exception et seulement dans leur première jeunesse. Cook put recueillir, sur divers points, des preuves irrécusables d’anthropophagie ; il trouva même, sur la plage du Canal de la Reine-Charlotte, les débris d’un festin de chair humaine. Le chirurgien Anderson acheta une de ces têtes devenues depuis fort communes dans nos musées, et que recommande leur parfait état de conservation, obtenue à l’aide des procédés les plus simples.

Cependant la flore du pays se classait sous les mains d’intelligens naturalistes. Ce n’étaient plus ici les merveilleux paysages des tropiques où les palmiers, les bananiers, les pandanus s’épanouissent avec une si gracieuse élégance. Dans son aspect général, la Nouvelle-Zélande tranche complètement sur cette nature molle et riante, et la plus australe de ses grandes îles reproduit plutôt les majestueuses perspectives de notre Europe. Sur les hauteurs, les arbres rappellent le port de nos essences, l’aspect sombre et sévère de nos forets. Dans les vallées, la végétation étale un luxe inouï. On y chercherait vainement un espace qui pût se comparer à nos pâturages et à nos pelouses ; mais des baissons touffus et des plantes sarmenteuses les tapissent dans toute leur étendue. A part les familles de l’organisation la plus simple, comme les lichens et les mousses, aucun de ces végétaux n’a d’analogues dans nos zônes. Les plus grands arbres appartiennent au genre dacrydium et podocarpus, ou bien au dracoena australis, dont les équipages de