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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/151

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certains objets, certains hommes, certaines localités. Ces quatre groupes sont ceux d’Hawaii, de Tonga, de Taïti et de la Nouvelle-Zélande ; cette race est la race polynésienne, celle qui va nous occuper.

Sans chercher à pénétrer des origines obscures, domaine de l’imagination plutôt que de la science, il suffit de dire que la race polynésienne est l’une des plus curieuses qui se soient produites dans l’état de nature. Tout ce qui fait l’orgueil des nations civilisées, la dignité naturelle, le respect de la foi jurée, le courage, l’enthousiasme, le désir de connaître, le besoin d’activité, l’aptitude à tous les rôles et à toutes les fonctions, l’intelligence des choses nouvelles, se rencontre chez ces tribus à un degré qui charme et qui étonne. Limitée à un seul de ces groupes, l’anthropophagie y est regardée moins comme une satisfaction physique que comme une excitation morale. Il est honorable pour le vaincu d’être dévoré par le vainqueur. C’est le sort des armes ; des deux parts on y compte. Tout prisonnier est avili s’il ne meurt. L’anthropophagie ne règne, d’ailleurs, qu’entre les tribus belligérantes, et seulement durant la guerre, ou bien encore de chefs à esclaves. Il est à croire que la présence des Européens sur les parages de la Nouvelle-Zélande, et l’influence toujours croissante d’une civilisation plus humaine, feront disparaître cette horrible coutume de toute la surface de la Polynésie. Une passion raisonnée capitule plus facilement qu’un appétit brutal.

L’état social de ces tribus n’est autre chose que cette organisation instinctive commune aux peuples enfans. On retrouve chez elles les deux conditions de toute existence collective, l’autorité et l’obéissance, les droits de la supériorité physique et même les privilèges de la naissance. La population se partage en chefs et en esclaves, et chacune de ces deux classes exprime dans son maintien et dans ses traits le sentiment de sa dignité ou la conscience de son abjection. Le tatouage est le blason des chefs ; ses lignes constituent toute une science héraldique. Entre nobles, la hiérarchie s’établit un peu par le sang, beaucoup par le courage. Les instincts guerriers ayant, chez ces peuples, dominé et absorbé tous les autres, le pouvoir a dû aller naturellement vers la force en délaissant l’intelligence, et de cette investiture sont nées des mœurs intraitables, une susceptibilité inquiète et une vie incessamment militante. Ce résultat s’est surtout produit à la Nouvelle-Zélande où le fractionnement infini des tribus éternise les hostilités. Les habitudes belliqueuses ont, en revanche, servi à maintenir la beauté du type polynésien, la vigueur musculaire