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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/150

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à la première de ces origines ; Tonga-Tabou ( groupe des Amis), Pomotou (groupe de la Société), procèdent de la seconde. Ainsi, l’eau elle-même coopère aux créations géogoniques ; ainsi, dans les profondeurs de la mer, la pierre végète, se meut, s’anime, et des myriades d’architectes y construisent les aiguilles fatales contre lesquelles viendront se briser d’imprudens vaisseaux. On se ferait difficilement une idée de la régularité qui préside au développement de ces îlots de corail. On les voit poindre, on les voit grandir. Ce n’est d’abord qu’une couronne de récifs, qui, graduellement exhaussée, sort du sein de l’Océan en forme de corbeille, et conserve dans son centre un petit lagon, véritable coupe d’eau salée ; puis, quand les détritus madréporiques ont peu à peu enrichi le sol, une végétation spontanée s’y manifeste, et l’écueil se pare d’une ceinture de cocotiers et de palétuviers qui le signalent aux navigateurs. Alors les agens sous-marins cèdent la place aux agens terrestres ; ils vont soulever d’autres îlots que ceux-ci auront plus tard la mission d’embellir. En présence de cette loi de productions successives, de cette explication si simple et si satisfaisante, qu’est-il besoin de poursuivre des solutions empiriques et de rêver d’autres Atlantides perdues, après celles de Théopompe et de Platon ?

L’Océanie offre d’ailleurs des problèmes bien plus graves que ne l’est celui de sa constitution géologique. Son ethnographie est pleine de mystères. Des races diverses, les nues cuivrées, les autres noires, toutes inégalement douées, se présentent distribuées comme au hasard sur ces nombreux archipels, sans qu’on puisse apprécier d’une manière satisfaisante quelle loi de migration, quel mouvement de proche en proche a déterminé ces contrastes et régi cet éparpillement. Partout la navigation, encore dans l’enfance, témoigne que la haute mer n’a été pour ces peuples que le théâtre de voyages involontaires, et que leur dissémination confuse sur les différens points de l’Océan Pacifique tient plutôt à des causes fortuites, à des accidens imprévus, qu’à une tendance régulière et réfléchie. Rien qu’à voir leurs frêles pirogues, il est aisé de se convaincre que de pareils esquifs n’ont pu servir à des fins aventureuses et à des découvertes lointaines. Cependant voici le phénomène qui frappe l’observateur. Sur quatre groupes distincts, éloignés l’un de l’autre de mille lieues en moyenne, la même race a été retrouvée, rappelant, à peu de variantes près, les mêmes mœurs, le même type, le même idiome, les mêmes préjugés, et entre autres cet impérieux tabou ou tapou, interdiction religieuse qui frappe ou temporairement ou à toujours