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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/147

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Mais si la politique ne doit pas envahir l’Institut ; nous devons encore moins ici envahir, à notre tour, le domaine des sciences et des lettres. Revenons à la politique.

Bien que le discours de la couronne n’ait point annoncé la conversion des rentes, il paraît qu’un projet de loi sur la matière fait partie du bagage, assez lourd, dit-on, avec lequel le ministère veut se présenter aux chambres. Nous persistons à ne pas reconnaître l’à-propos de cette mesure, surtout si elle se trouve réduite aux plus chétives proportions. Dans ce cas il n’y aurait pas même utilité financière, profit notable pour le trésor. La mesure devrait être repoussée même par ceux qui ne contestent pas le principe. À quoi bon tant de bruit, et une commotion qui ne laisserait pas d’être profonde, pour un si mince résultat ? D’ailleurs, est-ce au moment d’une crise financière qui a jeté la perturbation dans les marchés des deux mondes ; est-ce au moment où nous avons la guerre en Afrique, une question immense qui pend toujours en Orient, et des expéditions militaires, sans résultats jusqu’ici, dans l’Amérique du Sud ; est-ce dans une année ou la cherté du blé se fait sentir dans plus d’une localité, qu’il convient d’agiter les esprits, d’inquiéter les intérêts par une discussion de cette nature ? Jamais les circonstances n’auront mieux justifié le gouvernement qui aura la sagesse de s’abstenir.

Ajoutons qu’il y a de l’inconnu partout, et qu’on ne trouve nulle part une profonde tranquillité.

Les affaires d’Espagne n’offrent pas les résultats que laissait espérer la Convention de Bergara. Cabrera est plus fort et plus entêté que jamais. Espartero n’a fait que compliquer, par l’intervention, réelle ou non, de son nom, la situation intérieure du pays. Le triomphe du parti modéré est loin d’être assuré. Nous ne pouvons pas nous relâcher dans nos mesures de surveillance.

La Suisse, qui couvre une partie si importante, de nos frontières, n’est pas tranquille. Le directoire fédéral, faible lui-même et a peine accepté, depuis la contre-révolution de Zurich, par une partie très considérable de la Suisse, s’est promptement alarmé du bruit que, la guerre civile allait éclater dans le Valais, et il a ordonné la mise sur pied de plusieurs bataillons fédéraux. C’était une vaine alarme et une fausse mesure ; mais tout est à craindre dans l’état des esprits, et avec un gouvernement aussi faible.

La Hollande offre le spectacle d’une scission entre le roi et les états-généraux. Après un accord si admirable aux jours difficiles, la discorde les surprend au sein de la paix. Ce fait ne manque pas de gravité. L’histoire de plusieurs siècles nous apprend qu’il n’est pas aisé de mettre fin aux dissentimens qui éclatent entre le pays et la maison d’Orange. Les Hollandais sont tenaces, pour ne pas dire entêtés, et nul n’est plus Hollandais que le roi Guillaume.

Le duc de Bordeaux est sur le point de quitter Rome. La comédie qu’il voulait y jouer, le premier moment de curiosité une fois passé, a manqué de spectateurs. En réalité, il y était à charge à tout le monde, en particulier au gou-