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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/145

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son sein tous ceux, qui, oubliant de vieilles discordes et de vieilles misères, reconnaissent que le maintien et le progrès de nos belles institutions exigent un gouvernement ferme, éclairé, et une complète harmonie entre les grands pouvoirs de l’état.

Espérons que ce premier pas ne tardera pas à être suivi d’autres pas également décisifs, et, avant tout, d’un projet d’adresse qui réponde dignement à la pensée de la chambre. Nous n’en doutons point. La commission s’est déjà rassemblée ; nul dissentiment n’y a percé ; la discussion s’y annonce telle qu’elle doit être entre des hommes habiles, honorables, qui, marchant tous au même but, veulent seulement éclairer la situation du pays.

L’adresse ne sera point hostile au ministère ; le but n’est pas de le culbuter, ni d’amener demain une crise ministérielle qui, évidemment, ne ferait que rouvrir et envenimer les plaies du malade, disons mieux, de tous les malades. Loin de là : il faut que la nouvelle situation politique se raffermisse, que la nouvelle majorité reprenne fortement possession de son terrain ; elle y sera attaquée, vivement attaquée ; escarmouches, combats, peut-être aussi batailles rangées, rien n’y manquera. Là, sur le terrain, en face de l’ennemi, devront se montrer à nu toutes les alliances ; là la neutralité sera regardée du même œil que Solon la regardait dans les luttes athéniennes ; là la majorité reconnaîtra ses véritables chefs, et le pouvoir ses candidats ; là aussi le ministère apparaîtra tel qu’il est, c’est-à-dire un composé d’hommes que le hasard et les nécessités d’un moment difficile ont seuls amenés au pouvoir, d’hommes qui, par l’effet des mêmes circonstances, n’ont pas occupé dans le ministère la place qui leur était naturellement dévolue, enfin d’hommes habiles que tout cabinet doit être heureux de conserver, nous dirons plus, d’hommes dont la retraite pourrait compromettre de nouveau cette majorité qu’il est si important de consolider et de maintenir.

Nous ne faisons, du reste, que répéter ce qui est dans la pensée et désormais dans la bouche de tout le monde. Le ministère ne doit pas être culbuté, mais réformé. Il est incomplet et mal combiné. Il le sent, il le sait comme nous, comme tout le monde.

C’est à la majorité de fournir à la couronne les élémens nécessaires pour le réformer et le compléter. Nous ne voulons faire ici ni pronostics ni conjectures. Rien ne serait plus aisé, rien aussi n’est plus hasardé, plus inopportun. On en a fait plus d’une fois l’expérience.

Il est facile, sans doute, de répéter les noms du petit nombre d’hommes que l’opinion publique signale dès qu’il s’agit de crise ou de réforme ministérielle. À quoi bon ? Peuvent-ils, tous ou plusieurs d’entre eux, arriver ensemble au pouvoir ? Dieu le veuille ! la France s’en réjouira, la France qui, à vrai dire, a autre chose à faire que d’assister, comme à un spectacle de gladiateurs, aux luttes parlementaires des candidats au ministère. Les souvenirs, les colères, l’incompatibilité des humeurs, les prétentions personnelles, disons-le, les petites passions, car au fond il n’y a rien là de noble ni de grand, empê-