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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/123

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M. Macnaghten rend compte ensuite de ce qui s’est passé du 12 au 23 avril. Les Serdars avaient eu quelques instans l’idée d’arrêter l’armée à la passe de Kadjak, mais la rapidité des mouvemens de l’avant-garde les avait surpris avant qu’ils ne fussent en mesure, et un détachement envoyé par eux dans la passe avait fait une retraite précipitée après avoir échangé quelques coups de fusil avec la tête de la colonne de marche. Leurs efforts pour soulever la population des provinces contre l’invasion des infidèles, avaient complètement échoué. Deux des frères, Rahani-dil-Khan et Mehr-dil-Khan, s’étaient enfin décidés à sortir de Kandahar, avec deux ou trois mille cavaliers, dans l’intention de harceler l’armée anglaise et avec l’espoir, d’intercepter les convois, de surprendre des traînards ou des détachemens isolés, etc., laissant au troisième frère, Kohun-dil-Khan, la garde de la ville. Mais ces efforts tardifs de résistance n’aboutirent qu’à s’emparer de deux éléphans de M. Macnaghten, qui s’étaient trop écartés du camp en allant au fourrage, à tuer quelques misérables non combattans qui s’étaient imprudemment avancés dans le pays, et à priver le camp anglais d’eau, pendant quelques heures, en détournant un ruisseau. Dans la journée du 20 ; quelques-uns des principaux chefs, à la suite des Serdars Barekzaïs, les abandonnèrent et vinrent faire leur soumission. Consternés de ces défections soudaines et de l’approche des troupes anglaises, les Serdars s’étaient repliés en toute hâte sur Kandahar d’où ils se déterminèrent à fuir, comme on l’a vu, dans la soirée du 23. Puisque nous sommes sur le chapitre des trois frères qui, depuis tant d’années, opprimaient, à l’envi l’un de l’autre, les provinces du Kandahar, nous ne pouvons nous empêcher de dire, en passant, qu’il nous paraît difficile que ces chefs subissent, aussi promptement que M. Macnaghten l’espérait, les conditions humiliantes qu’il leur a fait notifier. Les districts sous l’administration despotique de Raham-dil-Khan, la ville de Kandahar y comprise, rapportaient environ cinq lacs de roupies, c’est-à-dire plus de 1,200,000 francs. Kohun-dil-Khan retirait des neuf districts de son gouvernement, dans l’ouest, à peu près quatre lacs (un million). Mehr-dil-Khan, le plus jeune des frères et le plus insouciant, homme de plaisir avant tout et l’un des génies poétiques de l’Afghanistan, s’il faut en croire la renommée, se contentait des trois sacs qu’il levait chaque année des districts du sud. Ces gens-là auront bien de la peine à se résigner à subir la loi du vainqueur : il leur semblera bien dur de descendre si promptement d’une royale indépendance à l’humble condition de pensionnaires à 500 roupies par mois, eux qui,