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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/108

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devoir à M. Mac-Neill de s’opposer par tous les moyens possibles à ce que la Perse donnât suite à ses projets de vengeance contre le souverain d’Hérat. La question d’Hérat devenait, aux yeux du gouvernement anglais, la question de l’Afghanistan ; et depuis que la réception favorable, faite à un envoyé russe par le chef de Kaboul, était connue, et que la mission russe à la cour de Perse avait rejoint le camp royal devant Hérat, et donné ses conseils pour la direction des opérations du siège, il fallait, à tout prix, empêcher que la ruine de Kamran ne se consommât. Aussi M. Mac-Neill assiégeait-il régulièrement à son tour de ses demandes, de ses plaintes, de ses menaces, le monarque persan et son conseil, et il n’eut de repos ni de cesse qu’il ne les eût poussés à bout et forces, pour ainsi dire, de penser à se jeter entièrement dans les bras de la Russie. M. Mac-Neill avait pénétré lui-même dans Hérat, le 19 avril, pendant un armistice, avec le consentement du shah, et après une longue conférence avec le vizir du prince Kamran, Yar-Mahommed-Khan, qu’il appelle « l’un des hommes les plus remarquables de son temps et de son pays, » il avait rapporté le projet d’un traité qui contenait toutes les concessions demandées par la Perse, sauf le point de la suzeraineté. Le shah n’avait pas voulu, cette fois plus que les autres, céder sur un point qu’il considérait comme la base de tous ses droits. De là nouvelles persécutions de la part de M. Mac-Neill, nouvelles résistances, pleines d’égards et de mesure, du cabinet persan. Nous croyons inutile de nous arrêter sur les détails de ces négociations, et de suivre les négociateurs anglais ou russes sous leurs tentes. La correspondance publiée des cabinets de Londres et de Saint-Pétersbourg a fait connaître le résultat de la lutte diplomatique qui s’était engagée entre les représentans des deux grandes puissances dans l’extrême Orient. Des explications données il semblerait résulter que la Russie n’a songé qu’à établir des relations avantageuses pour son commerce. L’Angleterre, de son côté, ne demandait qu’à placer des sentinelles de son choix sur la rive droite de l’Indus, afin que les intérêts de son commerce et la sûreté de ses frontières fussent respectés. Nous n’examinerons pas, en ce moment, quel a été le caractère des moyens employés ; nous admettons que tel était, en effet, le but qu’on se proposait d’atteindre de part et d’autre. Nous acceptons en conséquence les déclarations de l’Angleterre et de la Russie comme l’expression provisoire de leurs intentions, mais (surtout en ce qui concerne la Russie) comme réservant l’avenir. Nous aurons d’ailleurs occasion de traiter plus tard des intérêts réels et des vues