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UN CAPRICE.

MADAME DE LÉRY

N’est-ce pas ? Regardez Mlle Saint-Ange. Il ne faut pourtant pas être trop maigre non plus, parce qu’alors il ne reste plus rien. On se récrie sur la marquise d’Ermont ; moi, je trouve qu’elle a l’air d’une potence. C’est une belle tête, si vous voulez ; mais c’est une madone au bout d’un bâton.

MATHILDE, riant.

Voulez-vous que je vous serve, ma chère ?

MADAME DE LÉRY

Rien que de l’eau chaude, avec un soupçon de thé et un nuage de lait.

MATHILDE, versant le thé.

Allez-vous demain chez Mme d’Égly ? Je vous prendrai si vous voulez.

MADAME DE LÉRY

Ah ! Mme d’Égly ! en voilà une autre ! avec sa frisure et ses jambes, elle me fait l’effet de ces grands balais pour épousseter les araignées. (Elle boit.) Mais, certainement, j’irai demain. Non, je ne peux pas ; je vais au concert.

MATHILDE

Il est vrai qu’elle est un peu drôle.

MADAME DE LÉRY

Regardez-moi donc, je vous en prie.

MATHILDE

Pourquoi ?

MADAME DE LÉRY

Regardez-moi en face, là, franchement.

MATHILDE

Que me trouvez-vous d’extraordinaire ?

MADAME DE LÉRY

Eh ! certainement, vous avez les yeux rouges ; vous venez de pleurer, c’est clair comme le jour. Qu’est-ce qui se passe donc, ma chère Mathilde ?

MATHILDE

Rien, je vous jure. Que voulez-vous qu’il se passe ?

MADAME DE LÉRY

Je n’en sais rien, mais vous venez de pleurer ; je vous dérange, je m’en vais.

MATHILDE

Au contraire, chère ; je vous supplie de rester.

MADAME DE LÉRY

Est-ce bien franc ? je reste, si vous voulez ; mais vous me direz vos