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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/84

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avocat de Bilbao, nommé Samacola, qui excita le plus énergiquement à la résistance. De son nom, l’affaire s’appela et s’appelle encore dans le pays Samacolada.

Les quatre provinces exemptes furent dépouillées de leurs priviléges pendant le règne de la constitution, de 1820 à 1823, et assimilées, pour les droits et les devoirs, au reste de l’Espagne. Quand l’invasion française eut rétabli l’absolutisme royal, elles recouvrèrent leur immémoriale indépendance. C’est dans ce double fait qu’il faut chercher la cause de leur soulèvement, et le caractère de la guerre qu’elles soutiennent avec tant d’opiniâtreté ; c’est ce qui explique comment le nom de don Carlos, roi absolu, est inscrit, sur leur drapeau républicain. Voilà ce qu’on ne saurait trop redire ; voilà ce que prouve, mieux que jamais, ce qui se passe en Espagne aujourd’hui. Quand on a vu la constitution de 1812 proclamée, les juntes de province rétablies, l’armée constitutionnelle sans généraux, sans officiers, Gomez aux portes de Madrid, tout le monde a cru, amis comme ennemis, que don Carlos allait marcher en avant, et rentrer, peut-être sans coup férir, dans le palais de Ferdinand VII. On se trompait ; malgré les attraits de l’occasion, malgré le désir que peuvent avoir ses généraux de jouer le rôle de Monck, don Carlos est encore à se promener, comme un chef de Bédouins, de l’un à l’autre des campemens qu’il appelle ses quartiers royaux. D’où vient cela ? C’est que les bandes aventureuses de Gomez, de Cabrera, de Basilio Garcia, sont composées de Castillans, d’Aragonais et de Valenciens ; c’est que les Biscayens et les Navarrais ne sortent point et ne veulent pas sortir de leur pays ; c’est qu’ils se défendent et n’attaquent pas ; c’est qu’ils tiennent enfin leur roi en charte privée, et ne lui laissent pas seulement voir les rives de l’Èbre [1].

S’il est une fois reconnu que la Navarre et les provinces basques

  1. Les quatre provinces, fidèles à leurs vieilles coutumes, conduisent leur insurrection de la même manière qu’elles ont toujours conduit leurs affaires communes. Elles ont chacune une junte spéciale chargée d’organiser et de diriger la défense du pays, comme faisaient, pendant la guerre de l’indépendance, les juntes provinciales de l’Espagne ; et, comme à cette époque, des représentans choisis dans ces juntes particulières forment une junte centrale, chargée de la direction supérieure. Depuis bientôt trois ans, quatre hommes, appartenant aux provinces insurgées, composent cette espèce de directoire. Ce sont Valdespina pour la Biscaye, Verasteguy pour l’Alava, Lardizabal pour le Guipuzcoa, et Ecbevarria pour la Navarre. Voilà le véritable gouvernement des provinces. Ce sont eux qui ont provoqué l’insurrection, qui en ont réuni et coordonné les élémens, qui ont choisi les chefs, et tracé des instructions à Zumalacarregui lui-même, lequel, malgré ses succès et sa renommée, leur était complètement soumis. Cette junte a toujours conservé la même attitude et le même pouvoir. Formée d’hommes du pays choisis par les habitans, elle représente l’intérêt provincial, et lui subordonne tout intérêt étranger ; elle a nommé les successeurs de Zumalacarregui ; elle leur impose des plans de campagne défensive, et, conservant enfin dans toute son étendue la direction suprême de l’insurrection, elle ne laisse au prétendant que les ridicules honneurs d’une royauté nominale.