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Berthe, la plus jeune des filles de M. de Belsonne, s’est éprise opiniâtrement d’Olivier son très indigne cousin, et cet amour est si tenace qu’il résiste à toutes les considérations morales et raisonnables qui devaient le détruire. C’est inutilement qu’on apprend à Berthe qu’Olivier a joué de l’argent détourné de la caisse d’un général dont il est le secrétaire. Qu’importe à Berthe ? Cette jeune fille a l’ame grande et pleine de miséricorde. Son cousin, joueur et fripon, est à plaindre et malheureux ; conséquemment, il n’en a que plus besoin d’être aimé. N’est-il pas aussi bien naturel et bien convenable qu’Olivier vive aux dépens de sa cousine, et soit entretenu par elle ? Noble jeune homme ! Il a l’ame grande de son côté et la délicatesse large. Qu’il y a de courage de sa part à puiser sans remords dans la bourse de sa maîtresse ! Tout n’est-il pas commun entre amans ? Si quelque chose pourtant gâte un peu cette grandeur d’ame et cette abnégation d’Olivier, c’est qu’il n’aime la généreuse Berthe que d’un amour assez tiède et médiocre. Il est même un certain moment tout prêt de la quitter pour une autre. Mais Berthe a fait un opulent héritage qui l’a rendue millionnaire. Cette succession a subitement raffermi la constance chancelante d’Olivier. Il épouserait maintenant de grand cœur sa cousine, n’était que M. de Belsonne ne veut pas entendre parler d’un semblable gendre. Les deux amans ne braveront pas tout d’abord l’opposition paternelle. Ils ont résolu de louvoyer. En attendant que l’horizon s’éclaircisse, Olivier s’en ira voyager en Italie pourvu d’un portefeuille bien garni, grace aux soins de Berthe.

Un an s’est écoulé. Olivier s’en revenait tranquillement en France sûr de retrouver libres la main, le cœur et les millions de sa cousine. Jugez de son désespoir. Pendant son absence, Berthe avait épousé le comte Christian de Gauthier. Elle s’était sacrifiée au crédit de son père qui avait eu besoin de cette riche alliance pour couvrir une imminente déconfiture. Dans ces circonstances, un héros de roman ordinaire eût méprisé l’infidèle et quitté la partie. Le héros de M. Arnould Fremy est plus persévérant et plus héroïque. Il a revu sa maîtresse en secret, et repris sur elle tout son ascendant. La comtesse a compris qu’elle appartient de droit à son premier amant, et qu’elle se doit de se restituer à lui, tout autre devoir cessant. Aussi abandonne-t-elle sans hésiter père, enfans et mari, pour aller vivre publiquement avec son cousin. Comment la récompensera-t-il de ce triple sacrifice ? Vraiment, cet homme est indéfinissable. Lui jette t-elle l’or à poignées, il la dédaigne, il l’oublie dans les plaisirs grossiers ; l’argent lui manque-t-il, il revient à elle plus passionnément amoureux. Berthe, cependant, ne se paie pas de cette tendresse intermittente. Lassée à la fin d’un amant si coûteux et si exigeant, elle lui ferme un beau jour sa caisse. Cette grave mesure détermine, chez Olivier l’explosion d’un