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plus résolus que lui, qui conduisaient les affaires. Lord Stanley, le duc de Richmond, sir Graham, avaient dû se séparer du cabinet. La cause de leur retraite fut l’appréhension des dangers que leur semblait courir l’église protestante en Irlande. Sir John Hobhouse, M. Spring Rice, et d’autres réformistes de la nouvelle école, furent introduits dans le gouvernement, et se firent son avant-garde ; hommes tous impatiens et déterminés qui se moquaient presque ouvertement de la torpeur du premier ministre, et contrariaient toutes ses convictions politiques. La position de lord Grey devenait, de jour en jour, plus difficile et plus fâcheuse. Cependant son orgueil refusait d’avouer qu’il avait bien réellement cessé d’être le chef de l’administration. Enfin il se vit réduit à chercher quelque occasion de se retirer convenablement. Ses anciens collègues, qu’il gênait outre mesure, ne tardèrent pas à la lui fournir d’eux-mêmes. Voici comment se prépara et s’accomplit la retraite du premier ministre.

Lord Grey avait jugé nécessaire de proposer une nouvelle mise en vigueur du coercion-bill irlandais de 1833, qui n’avait été voté que pour une année. Le parti réformiste consentait, quoiqu’à contre-cœur, à cette mesure ; mais il exigeait formellement la radiation de l’une des clauses du bill, celle qui interdisait les meetings publics. Lord Grey, soutenu par lord Brougham, se déclara invariablement déterminé à maintenir la clause. Aussitôt O’Connel commença une violente opposition, dirigée surtout contre le premier ministre. Dans ses lettres aux Irlandais, il l’accabla impitoyablement des injures les plus sanglantes. Il le traita de vieillard radoteur et insensé qui n’avait que deux idées fixes : l’une, d’accaparer pour sa maison tout l’argent du pays ; l’autre, d’opprimer et de désespérer l’Irlande. Cependant, tandis qu’O’Connel défiait ainsi et outrageait le chef du cabinet, quelques-uns des membres secondaires de l’administration entretenaient des relations amicales avec l’agitateur. M. Littleton, depuis lord Hatherton, alors secrétaire pour l’Irlande, sollicita même et reçut la visite d’O’Connel. Il lui affirma que le gouvernement ne songeait plus à user de rigueur et que le coercion-bill serait notablement modifié. Néanmoins la majorité du cabinet se rangea encore une fois du côté de lord Grey. M. Littleton fut contraint de rétracter les promesses qu’il avait faites à O’Connel. Après bien des querelles